15 mai 2008
Passent les ombres…
consigne 69 de paroles plurielles.
l'incipit est souligné, la photo est de Narb

Ce matin, pour la première fois depuis longtemps, j’ai souri au soleil.
Il a caressé mon épaule quand je fermais la porte de la maison.
C’était bon, alors je lui ai souri.
Hier encore je ne souriais plus.
Les ombres noires du passé dansaient encore devant mes yeux.
Je ne voyais rien du soleil caressant,
Rien de l’oiseau chantonnant.
Pas même le jardin, ses bourgeons, ses boutons,
Son envie de surgir en parfums et en couleurs.
J’avançais dans le couloir machinal du quotidien.
Un pas, puis un autre, habitude, solitude.
Les ombres pour compagnes à mon réveil,
Les ombres à me bercer dans mon sommeil.
J’exécutais les tâches réclamées.
Pas de plaintes, pas de gémissements.
Je m’exécutais.
Et j’attendais
patiemment que les ombres se lassent,
Qu’elles
s’essoufflent à toujours murmurer,
Qu’elles s’estompent
en lavis dilué.
A la caresse du
soleil ce matin, j’ai compris.
Les ombres ne
s’effacent jamais.
A l’usure de nos
larmes, elles deviennent transparentes,
La lumière se joue de
leurs molécules immatérielles.
Quand les rayons du
soleil percent la toile fine de nos chagrins,
Nos yeux s’ouvrent
encore sur la grâce d’un jardin,
Sur la chaleur du
sourire de l’ami.
Et ce que je vois de
ma vie,
Pour la première fois
depuis longtemps,
Au filtre de mes
ombres,
Se pare de couleurs revenues.
12 mai 2008
Bal sauvage

-Je n’irais pas au
bal.
-Et pourquoi ça,
mademoiselle ?
-Parce que !
-Ce n’est pas une
réponse !
-Parce que je ne veux
pas mettre cette affreuse robe à froufrou.
Et Blandine jette un
regard noir à la robe étalée sur le lit. Une robe d’un joli bleu de
porcelaine, rehaussé de dentelles blanches, mousseuses à souhait.
-Tu seras pourtant
ravissante dans cette robe-là et tu feras sensation pour ton premier bal.
Justement, Blandine
ne veut pas entendre parler de ce premier bal. Quelle idée saugrenue !
Pourquoi
danserait-elle sanglée dans cette robe de petite fille modèle ? Pourquoi
danserait-elle sur un parquet ciré, les pieds comprimés dans de méchantes
bottines ? Et pourquoi devrait-elle supporter la présence insistante de
cavaliers maladroits, davantage préoccupés de la tenue de leur plastron que du
plaisir de leur partenaire ?
-Non, je n’irai
pas !
Elle n’ira pas
affronter les regards curieux de la foule sifflante :
« C’est la
petite comtesse ! »
« Il est temps
qu’elle se conduise en jeune fille civilisée ! »
« Voyez, elle
sait à peine danser ! »
« Et ce regard
effronté, gageons qu’elle finira par le baisser »
Pourquoi devrait-elle
se conduire selon leurs codes et leurs coutumes ? Pourquoi devrait-elle
adoucir son visage d’un regard soumis ?
Non, non, et
non ! Si l’encre de ses yeux en effraie certains, qu’ils baissent donc le
regard, eux, sur leurs pieds bien chaussés !
Tout ce que veut
Blandine, c’est repartir à l’instant dans la forêt.
Garder sa robe de
coton fade et rêche pour s’échapper sous la futaie.
Sentir sous ses pieds
nus la fraîcheur des fougères et des souches moussues.
Et danser !
Danser avec le vent, danser avec les ombres danser avec le soleil. Accepter la
caresse de ses rayons, le souffle de l’air dans son cou.
Et rire ! Rire
de plaisir ! De plaisir et d’amour !
Car cet amour-là,
Blandine ne le craint pas. Cet amour pur qui jaillit du sol sous ses pieds, qui
remonte en le long de ses jambes et de son dos en impulsions vibratoires !
Cet amour pur, qui
descend des nuages et inonde sa gorge, son ventre, ses bras, en ondes
chaleureuses ! Cet amour-là, seul, peut apporter à Blandine bonheur et
sérénité.
Au milieu de cette
nature attentive et généreuse elle a su trouver compréhension et apaisement.
Quand dans sa vie le chaos s’installait, quand la disparition de sa mère lui
ôtait un morceau de son cœur, elle avait trouvé le seul refuge possible à
l’ombre bienveillante des grands arbres. Au silence infaillible de leurs troncs
elle avait usé ses larmes. Dans la tendresse de leur doux feuillage, avait
forgé son berceau.
Et quand de cette
blessure innommable elle avait pu faire une plaie apprivoisée, quoique toujours
douloureuse, elle avait pu entendre le refrain joyeux de l’oiseau caché, elle
avait pu éprouver la douceur des fougères aux crosses dorées, elle avait pu
sourire, enfin, à la frimousse inquiète de l’écureuil surpris. Bientôt, elle
connaissait par cœur chaque arbre du bosquet, elle escaladait à la force du
poignet le grand chêne et le solide marronnier, elle goûtait sans crainte les
baies du mûrier et les fruits du noisetier.
Et voilà
qu’aujourd’hui on voulait la priver de son royaume. La contraindre,
l’enfermer ! L’obliger à revêtir cette robe de poupée, lui faire prendre
la pose parmi ces pantins assistés.
-Non, non et
non !
D’un bond agile, elle
échappe à l’étreinte de la nourrice et coure, pieds nus et en chemise,
retrouver sa forêt.
09 mai 2008
L’envol

L’oiseau va quitter le nid.
Il est là, sur le bord,
près à s’élancer à tire d’ailes.
Jour après jour,
Nuit après nuit,
Jusqu’à tisser des années,
La mère a montré les gestes.
Avec amour, avec espoir,
Elle a nourri, bercé, parlé.
De cet oisillon né du hasard,
Elle a conduit un oiseau au cœur pur,
Capable de se fixer là, sur le bord du nid,
De planter son regard sur un présent à venir,
De déployer les ailes du désir et de la confiance,
Et de s’élancer au-dessus du vide.
Déploiement avide et courageux,
Claquement d’ailes fragile et sûr,
Laissant dans le cœur de la mère
Cette petite trace inévitable, indélébile,
Cette marque viscérale, animale,
L’emprunte de son amour
Ils ont signé le bail, ils ont les clefs, les cartons sont prêts.
Et même si je claironne partout que c'est dans l'ordre des choses,
je sais que demain le nid me paraîtra un peu vide.
07 mai 2008
Nos objets ont une âme (suite et fin)
Elvis , Estelle et ....l'autre
lui, faussement admiratif
-Alors là ma petite,
chapeau, une telle conscience professionnelle, ça ne court pas les bassines.
L’autre,
voix grave et tonitruante.
-QUOI ? COMMENT ?
Où ? QUI
Elle,
chuchotant.
-Oh là là! Monsieur Elvis,
vous avez réveillé Aldo, le chapeau ! Oh là là !
Lui,
surpris.
-Et bien quoi, « oh! là
là » ?
Elle,
toujours chuchotant.
-On voit bien que vous êtes
nouveau, ici, vous ne connaissez pas Aldo. Il est, comment dire…Il est un
tantinet…enfin…un tout petit peu…
L’autre,
voix forte.
-Qu’est ce qu’elle marmonne
dans son grattoir, la donzelle ?
Répète un peu pour
voir !
Elle
-Je ne disais rien de mal,
Aldo, j’expliquais à notre ami, qui est nouveau ici,
combien vous teniez à
votre sieste.
L’autre,
ronchon.
-Oui, oui, je tiens à ma
sieste ! Et alors, ça vous pose un problème, hein ?
Elle, conciliante
-Ne vous fâchez pas Aldo,
Monsieur Elvis n’a pas fait exprès de vous réveiller.
lui
-Eh ! l’ami, Estelle a
raison, je ne voulais faire de tort à personne.
L’autre,
maugréant.
-Oui, on dit ça, on dit ça,
en attendant j’ai le sommeil coupé, moi. Quand vous aurez mon âge, mon gars,
vous comprendrez qu’une bonne sieste vous garde en bonne santé. Au lieu de
compter fleurette aux minettes…
Elle, vexée
-Oh ! Aldo, monsieur
Elvis ne me contait pas fleurette, voyons ! Nous devisions, voilà tout.
L’autre,
moralisant.
-Ma petite fille, vous ne
voyez pas le mal, mais je vous dis qu’il vaut mieux vous méfier de ce lascar.
Lui,
vexé
-Eh ! Grand-père,
retourne à ta sieste et laisse les jeunes faire du sport !
Ne l’écoutez pas, Estelle.
Je ne suis pas un mauvais gars
et faire un compliment à une jolie fille n’a
jamais fait de mal à une vis.
Elle,
minaudant.
-Mais oui, monsieur Elvis,
je vois bien que vous êtes quelqu’un de sérieux. Et si je me suis montrée un
peu sèche au début…
L’autre
-Mon enfant, n’écoutez pas
ces sornettes ! Ce chenapan vous endort avec ses beaux discours
et
hop ! Il vous serre la vis.
Elle,
agacée.
-Aldo, vous exagérez, je ne
suis pas une lavette,
je suis parfaitement capable de voir clair dans le jeu
de…
L’autre,
catégorique.
-Rien du tout ma petite,
vous n’y voyez pas plus clair que dans votre eau de vaisselle !
Lui,
enjôleur.
-Allons, Estelle, n’écoutez
pas ce radoteur, ce sont les regrets qui le rendent amer, la vie est trop
courte pour ne pas la saisir par le manche ! Profitez, ma jolie, de vos
belles années, grattez, grattez tout ce que vous pouvez ! Car une fois
vieille et défraîchie, vous finirez vos jours à gémir sur les occasions
manquées.
L’autre, ironique
-Estelle, méfiez-vous !
Et vous, le don juan de la caisse à outil, je vous vois venir ! Il suffit
qu’un jupon passe à votre portée pour que vous sortiez le grand jeu :
Mignonne allons voir si la rose…
Alors?
Je suis sûre que vous allez les regarder d'un autre oeil, 
ces objets du quotidien!!!
05 mai 2008
Nos objets ont une âme
Vous en doutiez?
Je vous prouve le contraire...
Lui
Pitt ! Psitt ! Eh, toi, la belle ! Oh! , Tu m’entends ?
Elle
ne répond pas.
Lui
-Allez, fais pas ta
pimbêche ! Je suis nouveau, ici, c’est comment c’te taule ?
Elle
-Ecoutez, monsieur, ayez
l’obligeance de me laisser tranquille, c’est l’heure de ma pause.
Lui
-Oh! Pardon, ma p’tite dame, je voudrais surtout pas déranger. Mais, bon, une petite conversation, ça va pas vous fatiguer ?
Elle
-Monsieur, je vous en prie,
je ne vous connais pas ! Il n’entre pas dans mes habitudes de parler aux
inconnus.
Lui
-Mille excuses, poupée, je
ne me suis pas présenté. Elvis, le tournevis, le roi du pas de vis. Maintenant
qu’on se connaît, on peut tailler une petite bavette, pas vrai ? Ah,
non ! Il faut d’abord me donner vot’ petit nom, comme ça on sera pote.
Elle
-Alors là, je vous arrête
tout de suite, mon bon, il n’est pas question d’être « pote » comme
vous dites. L’usage de civilités n’engage en rien le degré de l’amitié.
Lui
-Oh, là là ! C’que vous
êtes tordue comme fille ! La vie doit pas être simple avec vous !
Mais qu’est ce que vous avez besoin de compliquer les choses, aussi ! Qui
vous parle de devenir ami pour l’éternité ? Il est juste question d’un
échange de renseignement sur c’te crèche, un point c’est tout.
Elle
-Mais enfin, monsieur, pour
qui me prenez-vous ? Je ne suis pas préposée aux renseignements. Quel
toupet !
Lui
-Voilà qu’elle s’emballe, la
belle. Tu sais que tu es mignonne, quand tu t’enflammes, on dirait presque une
ampoule ! J’aime les filles qui ont du caractère, ça promet !
Elle
-Oh ! Quel
goujat ! Pff ! Je ne vous parle plus.
Lui
-Mais oui, vous dîtes
toujours ça, les filles, mais au bout du compte vous ne tenez pas longtemps.
Elle
ne répond pas
lui
-Dis-moi au moins comment tu
t’appelles, je suis sûr que tu as un joli prénom.
Elle ne répond toujours pas
lui
-Marguerite ?
Anémone ? Roselyne ? Eglantine ?
elle, furieuse
-Vous n’y êtes pas du tout.
Lui
Suzanne ? Marianne ? Josiane ?
Elle, encore plus furieuse
Non ! Non !
lui
Géraldine ?
Amandine ? Catherine ?
elle,
un peu radoucie.
Bon, vous promettez de me
laisser en paix si je vous donne mon prénom ?
lui
Promis, juré, vissé.
elle
-On m’appelle Estelle,
voilà.
Lui
-Oh ! Mais c’est mignon
tout plein, Estelle.
Elle,
aimable.
-Merci monsieur Elvis.
lui
-Pas de quoi, ma belle
Estelle.
-Oh ! L’heure tourne,
il est temps que je me prépare, on m’attend.
lui,
désolé.
-Bah, faîtes moi le plaisir
de rester encore un peu !
elle
-Ah ! Non, monsieur Elvis, il est hors de question que je m’attarde. J’ai une réputation à tenir, moi : Avec Estelle, votre vaisselle toujours nickel !
les amours d'Elvis et Estelle vous ont plu?


La suite mercredi soir!!!!
02 mai 2008
L'éloge de l'autre.
Cette consigne n°68 de Paroles Plurielles, je la connaissais en partie, c'était le thème du printemps des poètes 2008 et j'avais lu certains poèmes sur le site de la manifestation.
La consigne demandait de rédiger sous forme de lettre et vous en trouverez de très belles, postées sur le site de paroles plurielles.
Voici la mienne...
De l’un à
l’autre
A toi, l’autre qui me fait face, je veux dire ceci :
Tu es cet autre indispensable
Sans qui je ne suis pas.
Tu es celui qui me construit.
Parce que tu me regardes, je me vois dans le monde.
Parce que tu me réponds, je m’entends parler.
Parce que tu me touches, je me sens vivre.
Toi, moi, un, tous,
Universel singulier qui crée l’identité.
Je prends le risque de l’étranger
Pour établir le connu.
Je pars vers toi pour revenir à moi.
Toi, moi, nous, tous,
Pluriel unique qui fonde l’ensemble.
Dans cet échange commun
Je m’élargis au monde.
Dans l’instant fragile de nos contacts,
Je mesure ma confiance.
Et puisque tu respires, je respire aussi,
Et j’entends le battement de nos cœurs réunis.
01 mai 2008
Brin de bonheur

le bonheur est fragile
Mais si nous le voulons,
Il peut s'étendre, se répandre,
gagner peu à peu du terrain sur la morosité.
Soyons fous!
Contaminons le monde au virus du bonheur!
30 avril 2008
Sa majesté du Hasard
Sa majesté du Hasard vient une fois encore de me rendre visite.
Je vous parlais dans mon billet précédent de format épistolaire, de plaisir d'écrire, de lettres d'une mère à sa fille.
Les vacances scolaires passant par là et puisqu'il faut occuper certains esprits adolescents, nous avons entrepris du rangement dans les combles. Et tandis que Soleil-de-mon-coeur retrouvait avec joie les jouets d'une enfance toute proche, la sienne, je retrouvais avec émotion cette boite à lettre, rouge, poussiéreuse, qu'un vieux ruban tentait vainement de tenir fermée.
Cartes postales, cartes de remerciement, de félicitations, d'anniversaires.
Et des lettres, des lettres...
De Nounours chéri, bidasse à Paris.
De mes copines de collèges, de lycées.
De petite-soeur-de-Paris, histoire de préparer noël, les messages électroniques n'étaient pas nés!
Et de maman, deux lettres, dont une à sa petite arapète des rochers!
Sa belle écriture élégante, ce bavardage tendre et futile à la fois, de ces petits riens qui font le quotidien et qui tissent les liens familiaux.
26 avril 2008
Eloge de l'autre
La consigne 68 de Paroles plurielles est liée cette fois ci avec le thème défini par la Cause des Causeuses .
J'ai une faiblesse pour le format épistolaire. J'ai toujours aimé écrire des lettres, et en recevoir. Enfant, quitter le cocon familial était déchirement.
Pourtant je partais en classes de mer ou de neige avec mes camarades.
Le ventre noué mais je partais.
Et quel plaisir de recevoir une lettre de maman!
je me souviens en particulier de l'une d'elles, reçue à Socoa, et qui débutait ainsi :
Ma petite arapète* des rochers...

Et je me souviens de mon bonheur à la lecture
( et relecture) de ce courrier
(la patelle, c'est ainsi que l'on nomme ces petits coquillages en forme de chapeaux chinois, qui se colle fermement à leur rocher dès que l'on tente de les saisir. On la surnomme l'arapète)
Pour me laisser le temps de la réflexion, avant de poster ma participation,
voici ce très beau texte d'Andrée Chedid.
Tu es cet autre
À
force de m’écrire
Je me découvre un peu
Je recherche l’Autre
J’aperçois au loin
La femme que j’ai été
Je discerne ses gestes
Je glisse sur ses défauts
Je pénètre à l’intérieur
D’une conscience évanouie
J’explore son regard
Comme ses nuits.
Je dépiste et dénude un ciel
Sans réponse et sans voix
Je parcours d’autres domaines
J’invente mon langage
Et m’évade en Poésie
Retombée sur
ma Terre
J’y répète à voix basse
Inventions et souvenirs
À force de
m’écrire
Je me découvre un peu
Et je retrouve l’Autre.
24 avril 2008
l'ombre de la peur (suite et fin)

Comme elle se relève, aidée par un bras ferme, elle reconnaît le colporteur. Il opère souvent à deux pas de l’hôtel, sous l’œil courroucé du père qui le chasse dès qu’il s’approche de la terrasse. C’est un marchand d’articles de caves, ses breloques cliquent au rythme de ses pas, alors qu’il interpelle les passants. Blandine a repris son souffle. Le marchand lui sourit, s’inquiète de son état. Que s’est il passé pour l’effrayer ainsi? Blandine raconte l’ombre qui menaçait, le quai désert. Elle a remis de l’ordre dans sa tenue, vérifié le talon de sa bottine. Il faut qu’elle rentre, ses parents vont s’inquiéter. Elle jette un regard en arrière, dans l’ombre du quai. Elle sourit au colporteur qui propose de l’accompagner pour la fin du trajet. Deux avenues à longer, puis le carrefour des trois fontaines, elle est presque arrivée, les rues sont larges, éclairées. Mais elle a eu si peur. Le bonhomme chemine à ses côtés, contant quelques anecdotes populaires. Le rire de Blandine ricoche sur la pierre des maisons cossues. Ses joues sont rosies par le froid. Elle ne dira rien à ses parents qui verraient là une raison de lui refuser ses cours de danse. Elle y tient tant.

Voici l’hôtel, la vitrine claire de la brasserie. Blandine
remercie son sauveur, propose un vin chaud pour compensation. La main sur la
porte, elle rit encore d’un bon mot du marchand. Brusquement, la porte est
tirée. Son père surgit, furieux. Comment ? On rit pendant que d’autres se
font un sang d’encre ? On traîne par les rues, on écoute des
sornettes ? D’une main, il a saisit sa fille par la manche, la bouscule,
lui montre l’escalier, au fond du couloir. Blandine ne rit plus. Des larmes
muettes suspendues aux paupières, elle implore le pardon du marchand que son père
repousse violemment sur le trottoir. C’est injuste, elle est désolée, elle…
C’est fini, la porte a claqué. Ne reste que la colère du père, à grand renfort de cris et de gestes rageur. Vaincue, Blandine pose le pied sur la première marche de l’escalier qui la mène à sa chambre. Prisonnière de ses dix sept ans, elle rumine sa rancœur en silence. Ici, on ne badine pas avec le respect filial. Son seul acte de rébellion sera de sourire aux colporteurs, à tous les colporteurs. Dès demain.
Amie de plume, que penses-tu de ma version?
La fin te convient-elle?
Suis-je dans l'esprit de ta proposition?
Maintenant, à toi de jouer!!!