28 février 2009
Dis Fabeli, qu’est-ce que tu fais ?
Je fais de la place sur mon bureau. Il est très encombré.
A ma gauche, les cahiers, carnets et divers papiers, les dictionnaires,
quelques livres en attente de lecteur, des cartes postales et des images,
supports aléatoires de mon inspiration. A ma droite, un poste de radio,
quelques CD, un pot à stylo, et une boite à trombones, deux paquets de
mouchoirs jetables.
On trouve aussi mon carnet du matin, celui qui accueille
les premiers mots de ma journée, petites choses de mon humeur, de la maison et
parfois aussi du dehors. Une page par jour, pas d’étalement, pas de
grandiloquence.
Au milieu de mon bureau, il y a mon ordinateur et moi, avec ce
grand carnet de pages à petits carreaux sur lequel j’écris en ce moment.
Donc,
je fais de la place, je tente un semblant d’organisation. Il y a bien les
étagères qui sont au-dessus du bureau. J’y ai déjà déposé mes archives
d’écriture, un classeur, quelques livres. Mais sur le reste des étagères il y a
encore les affaires de ma fille aînée. Car c’est dans sa chambre que je me suis
installée.
A
part son lit de jeune fille et ces étagères garnies de documents scolaires,
elle n’a rien laissé. Alors, dans cette chambre vide, j’ai déposé une table à
repasser et un bureau.
Table
à repasser et bureau d’écriture. Voilà bien deux objets qui m’identifie en ce
moment ! Une épouse, mère de famille, qui tente de consacrer un peu de
temps à sa passion. Une heure par-ci, deux heures par-là, avant ou après le
boulot, avant ou après le ménage, avant ou après le repassage, le dîner, le
chien à sortir, les devoirs à surveiller !
Je
fais de la place sur mon bureau comme je fais de la place dans ma vie pour
l’écriture. J’ai poussé certaines choses ici ou là, j’ai réorganisé, parfois de
façon maladroite. Et puis il y a des choses auxquelles je n’ose pas toucher. Je
suis prudente. Ecrire, aujourd’hui, c’est si je peux, et non pas seulement si
je veux.
Alors quand je peux, dans cette chambre conquise, je façonne un petit nid pour mon écriture. Ça prendra le temps qu’il faudra…

26 février 2009
Puisqu'il le dit...
« C’est en
faisant semblant d’être écrivain, qu’on le devient vraiment »
J.M. le
Clézio
Méthode Coué??????????????????????
24 février 2009
Dis, Fabeli, qu'est ce que tu lis?
Je lis un recueil de nouvelles de JMG Le Clézio. C’est
noir, très noir et dur aussi, parfois très dur. C’est une langue simple qui
explore les méandres de l’âme humaine.
Je n’aime pas lire des histoires aussi noires. Il n’y a dans ces textes-là aucune possibilité de remonter la pente. On est tout en bas. Dans le fond du monde.
J’aime pourtant le style de cet auteur, ce langage à la fois simple et concret qui met en scène des univers très visuels avec force détails. Il y a des couleurs, des odeurs, de la matière, du bruit. On fait un bout de chemin avec les personnages, on les regarde, on les écoute, et puis c’est fini, le drame est joué. Il reste juste sur nos mains un peu de misère humaine.
C’est le genre de
livre que l’on referme avec un poids sur le cœur. Mais c’est la vie qui va
comme ça et voilà bien le rôle de l’écrivain de nous la faire voir toute
entière.
Fabienne
22.02.09
21 février 2009
On a fait des crêpes...
Un texte écrit pour le blog Au clair de la plume qui se propose de réunir les passionnés d'écriture.
(R. Hamilton "interior")
Surprise
On a fait des crêpes. C’est Paul qui a porté le sucre et la farine. Dans le frigo de Lisa, il y avait encore des œufs et du lait. Il manquait du beurre et Anna s’est énervée. « Des crêpes sans beurre ce n’est pas possible, ça ne vaut pas la peine »
Paul continuait à
fouetter la pâte « Pense à Lisa, avec ou sans beurre on s’en fout, c’est
son anniversaire» Anna grognait encore un peu et n’a pas voulu goûter la
première crêpe. C’est moi qui l’ai mangée. « Même sans beurre, c’est bon.
Bien sûr ce serait encore meilleur…Lisa ne va pas tarder » Anna a mis la
table avec des serviettes bleues. Elle a ri quand elle a vu le bureau de Lisa
bien rangé, plus rien qui traînait dessus « Oh ! Lisa a rangé, elle
ne va plus rien retrouver »
Je ne pouvais pas lui dire que Lisa avait
passé une partie de la nuit devant le bureau, triant, classant avec méthode et
m’expliquant que, là, il y avait les papiers personnels et là, les papiers de
l’appartement et les factures. J’avais dans le ventre un bloc de béton mais
j’écoutais avec attention les recommandations impératives de ma petite sœur.
« On pourrait monter un resto » a dit Anna en
regardant sa table bien mise. «On ferait des crêpes et des omelettes, des trucs
simples et bons » J’ai assuré Anna que c’était une excellente idée, qu’il
faudrait juste trouver un local et que Lisa pourrait…
Non, Lisa ne pourrait pas.
Elle ne pourrait pas grand chose pour les quelques mois à venir. Elle le savait
et m’avait dit qu’elle se sentait prête. « De toutes façons, le ciel a
fini de me tomber sur la tête, que veux-tu qu’il m’arrive de pire ? »
Paul
a hurlé de joie parce qu’il avait réussi à faire sauter une crêpe sans la
flanquer par terre. Anna et moi on a applaudit. Je la regardais battre des
mains, sourire retrouvé, visage détendu. Anna est une anxieuse qui se bile pour
un rien. C’est pour ça que Lisa ne lui a pas encore parlé. Elle est partie pour
l’hôpital ce matin, inquiète. « Il faut que j’arrive à lui parler, je ne
peux pas lui cacher ça plus longtemps»
Je
l’ai embrassé un peu plus fort que d’habitude « ne t’en fait pas,
frangine, tu trouveras le bon moment, pour elle et pour toi » J’ai bien vu
qu’elle emportait dans son cœur cette question. Comment allait-elle lui
dire ? Comment dire ça à sa meilleure amie, sa presque sœur ? Elle a
dû y penser toute la journée, en écoutant les recommandations des infirmières,
en observant leurs gestes précis, en regardant s’écouler le goutte à goutte de
la chimio.
Anna
a entendu la porte s’ouvrir et s’est précipitée dans l’entrée « Bon
anniversaire, ma chérie »
Lisa était debout, le visage un peu chiffonné, les mains crispées sur son sac. Elle n’a pas vu tout de suite la table et le plat de crêpes. Il lui fallait juste un peu de temps, le temps de revenir parmi nous.
Fabienne février 2009
19 février 2009
Blessures

Forêts éventrées
Cicatrices de tempête
Sous mes yeux mouillés
18 février 2009
Rencontres, vous avez dit rencontres...
La ballade est terminée, nous voici de retour au bercail,
plutôt fatigués par ces deux jours de marche dans Bordeaux.
Partir avec deux ados ( fille cadette et une de ses copines) impliquait d'axer nos activités sur le SHOPPING!!!
Lundi: en quatre lettres, je suis une enseigne mondialement connue, spécialisée dans l'ameublement moderne à bon prix, dont la maison mère se situe en Suède...je suis...je suis...OUIiiiiiiiiiiii, c'est ça!!!!
Mardi: opération rue Sainte Catherine en long (1200m) , en large, et en travers! Résultat des courses: 2 mini robes, un mini short, et quelques bricoles taillées dans trois fois rien de tissu!!!
Là, il était quand même 14 heures!!! certains estomacs criaient famine, surtout celui de Nounours Chéri.
J'ai tout de même réussi à négocier un arrêt chez Mollat, LA librairie.
Dans mon escarcelle sont tombés
et 
15 heures, il était temps de remplir les estomacs, direction une sandwicherie sympa de la rue des trois Conils, "le Donuts Coffee", qui propose de composer sur mesure son casse-croûte en cochant une liste d'ingrédients sur une fiche (eh! oui, il fallait plaire à nos ados!)
A partir de là, les parents ont eu le droit de choisir leurs boutiques!
C'était facile, nous savions à l'avance où diriger nos pas:
le" Dock des épices"
pour un voyage au pays des saveurs et des senteurs
et le "Comptoir de Magellan"
pour une immersion en terre étrangère, Chine, Japon, Amérique du sud...
Ensuite? le temps qui nous était imparti s'étant écoulé...nous sommes rentrés à la maison!
Mais le billet s'intitulait "rencontres"
Alors si, de ces deux jours je ne devais en retenir qu'une, je citerai cette dame à l'accent anglo-saxon si doux, qui a transformé sa maison en chambre d'hôte, à 10 minutes du centre. Grâce à elle nous avons pu nous reposer dans un havre de tranquillité, avec un accueil chaleureux mais discret.
De jolies chambres dans une maison de ville à étage. C'est intime, calme et très joliment mis en valeur par les talents créatifs de la propriétaire. Je vous recommande, s'il en reste, la confiture poire-marron, un délice!!!
Encore une fois, je ne regrette vraiment pas mon choix d'hébergement en chambre d'hôte!
A présent il me reste quelques jours de vacances à la maison.
Il faudra bien que je glisse dans mon planning du temps pour ECRIRE...
17 février 2009
Dis, Fabeli, qu’est-ce que t’attends ?

J’attends d’être bien réveillée. J’attends de pouvoir décider ce que je vais faire exactement. Pourquoi exactement, d’ailleurs ? Faut-il donc toujours être précis, se placer au millimètre près ? C’est agaçant cette précision si précise. J’attends plutôt du vague et de l’inorganisé, quelque chose de flou, sans contour exact. C’est assez de toujours tout programmer, minuter, planifier, trancher, « on fera comme ci et comme ça »
Non ! Moi, j’attends le jour où je pourrai enfin rester là, quasiment immobile. Seule ma main, agitée d’une vie propre, courra sur le papier sans relâche. Et j’aurai enfin le droit de ne plus regarder l’heure, de ne plus avoir de rendez-vous, d’horaires, de ne plus me lever de ma chaise, de me caler dans ce coin de chambre au papier fané pour un temps indéterminé. Sans loi, sans règles, sans tracé précis, sans programme programmé.
J’attends ce jour où l’écriture fera sa loi !
Fabienne 13.02.09 6H30
15 février 2009
Rencontre
"N'oubliez pas, on vit juste pour quelques rencontres"
François Cheng
Se tenir prêt, chaque jour, à faire une rencontre...
Ce sera peut-être soi même ou bien un autre,
Mais toujours, on gardera les yeux ouvert sur cette possibilité.
Je m'échappe pour quelques jours, je pars en ballade,
mais toujours je garderai les yeux ouverts...
13 février 2009
Sur ma table de chevet il y a...
"Il avait plu tout le dimanche" de P. Delerm. J'ai beaucoup aimé ce portrait à petites touches, parfois tendres et d'autres fois incisives. Il est touchant, cet homme pas si vieux, embarqué dans le célibat par habitude, et qui tente de colorer sa vie de menues manies.
Juste avant, j'ai voyagé en Algérie avec Fellag et son "allumeur de rêves berbères". Un voyage au pays des couleurs et du verbe, en compagnie d'un écrivain sympathique et d'une population qui a plutôt tendance à faire bon coeur contre mauvaise fortune. et quelle fortune plus mauvaise que cette terreur distillé par des hommes barbus, perdus au pays de l'intolérance.
Et vous, que lisez-vous en ce moment?
11 février 2009
Les maux dits
(On ne voit pas le personnage principal, on le devine à travers quatre "voix" qui lui parle ,intérieurement ou directement)
Quel
couillon tu fais, quand même ! A-t-on idée de se conduire
pareillement ! On est tous tombés sur le cul. Tous. Même le Marcel qui se
donne toujours l’air de tout savoir et de tout comprendre. Vingt ans. Vingt ans
qu’on partage la gamelle cinq jours sur sept. Vingt ans que ton vestiaire est à
côté de mon vestiaire. Vingt ans que le vendredi soir tu lances de ta voix
douce « bon vikend, les
gars » et vingt ans qu’on te répond en cœur « bon wouik end,
Rudy »
C’est
vrai qu’en dehors de la boite on se voyait pas trop. Un match de foot à la
maison une fois l’an. Un bière ou deux au Central pour ton anniversaire. Mais
on passait huit heures par jour ensemble, on se parlait, je croyais te
connaître. Que dalle ! Dans le journal, le type dont ils parlaient, je le
connaissais pas. Ce n’était pas toi. Ce n’était pas possible que ce soit toi.
xxxx
« Grossel,
au parloir ! Allez ! Amène- toi. Oliveira, reste tranquille, sinon je
te sucre ta promenade. Allez viens, Grossel, avance ! Dis donc, c’est vrai
ce qu’on raconte, que c’était plus fort que toi, que tu pouvais pas t’empêcher.
T’as intérêt à te tenir à carreaux. Ici, les gens sont ce qu’ils sont, mais ils
ont encore de la morale. Pas comme toi. T’es un vrai dégueulasse.
xxxx
« Salut
Rudy. C’est ton avocat qui a insisté pour que je vienne. Moi, je voulais pas. A
quoi ça sert ? Ça doit bien faire dix ans. Ouais, dix ans…Marie avait dans
les six ans, elle allait déjà à la grande école. T’as pas intérêt à me mêler à
cette histoire. J’ai fait ce que j’ai pu pour cette gosse. C’est pas de ma
faute si sa mère est morte. Elle avait jamais eu beaucoup de santé. Quand vous
alliez ensemble dans la rue, on aurait dit une poupée à ton bras. Toi si grand,
elle si menue, si fine. La naissance de la petite l’a tuée. J’ai cru que je
pourrais la remplacer. Marie était un si joli bébé, et toi tu gagnais bien au
tri. Avec moi à la maison, les services sociaux t’ont laissé la petite. Ne
crois pas que ça a été facile pour moi de la quitter. On s’entendait bien, elle
et moi. Mamisa, elle m’appelait. Il fallait que je parte. Paris, j’en rêvais.
Toi, tu ne voulais pas en entendre parler, tu disais « on a tout ici.
Là-bas, y’a rien de plus »
Moi,
je voulais voir. Je ne me serais pas pardonner de ne pas avoir essayé.
Ton
avocat me dit que tu n’as retrouvé personne après moi. C’est vrai ?
Pourtant il y avait Adeline, elle aurait sûrement pas dit non, Adeline. T’es
resté tout seul avec Marie, alors ?
Qu’est
ce qui t’as pris Rudy ?
xxxx
Je
ne sais pas si tu liras un jour cette lettre. Je ne sais même pas si je
souhaite vraiment que tu la lises. Pourtant je l’écris en m’adressant à toi. Je
te parle et j’espère sans doute une réponse. Mais, comme d’habitude, tu ne
diras rien. Tu ne dis jamais rien. Tu me regardes avec tes gros yeux pâles, ta
bouche close, tes bras ballants, mais tu ne dis rien. En silence tu éteignais
la lumière. Ton souffle court, je fermais les yeux pour ne pas l’entendre. Et
tes mains…
Mais
j’en ai fini de me taire. J’ai tout dit, tout ce que j’avais sur le cœur. Il n’y
a plus de secret. Maintenant, j’attends. Je voudrais qu’une fois au moins tu me
parles, tu me dises que tu m’as entendue, écoutée. J’entendrais ta voix un peu
rauque, jamais forte, tu dirais «pardon, Marie » Mais non, rien. Rien ne
sort de ta bouche épaisse aux lèvres si roses qu’on les croirait maquillées.
Planté au milieu de cette pièce grise où ils t’ont mis, tu vas tenir cette
feuille avec tes deux mains, comme tu le fais toujours d’un papier. Tu vas lire
ces mots. Et puis ? Et puis rien. De toutes façons, même si, pour une
fois, tu voulais dire quelque chose, je ne serai plus là pour l’entendre.
