chantier à lire

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29 mars 2009

Le secret de Martine

tasse_de_th_

Paresseuse ! Voilà bien un qualificatif dont personne n’aurait songé à affubler Martine. Dans son entourage on ne tarissait pas d’éloges sur cette femme active, organisée, maîtrisant son temps d’une main de fer. Un temps pour chaque chose, chaque chose en son temps.

Lundi repassage

Mardi grand ménage

Mercredi le marché

Jeudi…

Semaine après semaine, un emploi du temps établi à la minute près. Aucune surprise, aucun laisser-aller.

Organisation, rigueur, efficacité

sont les trois mamelles de la femme moderne  !

 

Mais qui sait ce que pouvait bien faire Martine le mercredi de 18 à 20 heures ?
Personne ! Officiellement, atelier d’écriture. Seulement voilà, après trois séances plutôt ennuyeuses, Martine a eu l’idée audacieuse de ne pas annoncer la fin de l’atelier. Pour son mari, ses enfants, ses proches, le mercredi de 18 à 20 heures c’est atelier. Elle se prépare dès 17 heures 30, rassemble cahier, trousse et lunettes, s’assure que le dîner est prêt, « juste à réchauffer, chéri ! », un dernier baiser pour l’enfant qui planche sur quelque leçon et hop ! Martine est partie. « Ecris bien, ma chérie ! »

Ecrire ! Quelle idée ! Ecrire, lire, visiter les musées, les expositions, Martine a donné. En mère modèle, elle a traîné ses enfants, pour leur bien et leur éveil culturel, de château en expos, de musée en ciné. Aujourd’hui c’est fini. Les petits loups préfèrent Internet et l’écran plat ? Qu’à cela ne tienne ! Martine s’accorde à présent un temps de récréation qu’elle estime avoir mérité. Pour quoi faire ? Justement, ne rien faire. Pas de prévision, ni de rendez-vous. Rien que cette plage de temps vierge de toute décision.

Où aller ? Aucune importance. Saisir la première terrasse de café qui passe et s’installer, tranquillement. Siroter une tasse de thé, nonchalamment, en laissant errer son regard sur les passants affairés. Ne pas penser. Ou plutôt penser dans le vague, l’incertain, le conditionnel.

 

Avec des « si », s’envoler pour Marrakech ou Djakarta,

rêver à dos de chameau, s’attarder sur le bord d’une piscine,

s’éventer à l’ombre d’une tonnelle.

Languir, s’alanguir, ne plus souhaiter, ni désirer,

étirer le temps en pâte souple et malléable.

 

Martine accorde peu d’importance au cadre choisi pour cet atelier de paresse. Le professeur est inutile, elle s’est formée sur le « tas ». Elle, si active, a bien compris que ce temps d’inactivité lui devenait vital. Il était indispensable qu’elle puisse recharger ses batteries de femme multiple. Et qui, sinon, elle-même, allait lui donner cette possibilité ?

Dans la jungle du quotidien, c’est chacun pour soi et dieu pour les autres. Il lui semblait si légitime de suivre les traces de sa mère dans cette course à la perfection. Autour d’elle, on la félicitait, on l’encourageait dans cette voix. L’âge venant, elle avait pris le temps de réfléchir, et le fruit de cette réflexion la conduisait désormais chaque mercredi sur une chaise, immobile, inactive, inutile. Inutile pour la communauté, peut-être. A son avis, ce temps mort ne lui avait jamais paru aussi vivant. Enfin elle se sentait exister pour elle-même. Ce moment d’intimité retrouvée lui permettait de se recentrer sur ses propres sensations.

De la paresse ? Non, de la sagesse !

 Et comme il avait été facile, finalement, d’opérer ce léger décalage dans son emploi du temps, d’insérer cette pause de deux heures dans l’enchevêtrement d’activités primordiales. A tel point que Martine réfléchissait maintenant à la possibilité de voler d’autres espaces temps, d’autres oasis de paresse, au nez et à la barbe de tous ces gens emballés, excités, "surbookés".

Oui, Martine avait pris goût à ces moments de grâce. Elle avait succombé au pêché, croqué avec délice la pomme de la paresse. Elle rêvait à présent d’une vie entièrement dédiée à cette activité. Paresseuse du matin au soir, paresseuse à temps plein, capitalisant des points de paresse pour une retraite au soleil, recevant le diplôme de la plus grande paresseuse du monde. Organisant des séminaires sur l’art de la paresse, écrivant des livres remplis de conseils judicieux :

« La paresse et vous : une histoire d’amour »

« La paresse en dix leçons »

« Paresseuse et fière de l’être »

Bip, bip, bip ! Martine s’agite sur sa chaise, la cuillère tinte dans la tasse, le thé a refroidi. Du fond de son sac, une montre manifeste son impatience. La récréation paresseuse est terminée!

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25 mars 2009

Là bas

carte_algerieIl y a son Algérie. Il est né sur cette terre que ses parents considéraient comme leur. Il y a grandi. Il a marché sur le sol sec et poussiéreux. Dans son œil d’enfant, le bleu du ciel, l’ocre de la pierre, le vert des cultures arrachées à l’aridité des sols par la force du travail. A son oreille, les aboiements des chiens de ferme, les ordres donnés aux ouvriers, le rire des femmes, le vacarme des machines agricoles, le brouhaha de la ville, parfois. Et le silence du soir qui tombe sur la plaine.

 

Une enfance joyeuse, peut-être insouciante. C’est ce que je perçois, quand il raconte son Algérie. Il ne parle pas de l’Algérie en général, il cite des endroits bien précis. Il dit "à la ferme " ,  "Bel Abès", "Tiaret". Son Algérie se réduit à quelques centaines de kilomètres carrés, la maison familiale, le village, la ville proche, l’école, le collège.

Il raconte les bêtises de l’enfance, la cuisine de sa mère, le respect du père. Il raconte les copains, les oncles, les cousins. Et les chiens, les bêtes, les champs. Une enfance ordinaire, presque commune. Sauf qu’on lui a tout effacé.

 

Et il y a mon Algérie. Qui n’est pas la mienne, d’ailleurs. C’est un pays comme les autres, présent sur les cartes de géographie étudiées à l’école. L’Algérie fait partie des pays du Maghreb, capitale Alger…

Il y a l’Algérie des livres d’histoire, Algérie française pour un temps…

Il y a l’Algérie des journaux et des flashs d’informations, avec la douleur de cette guerre sans nom, les attentats, les massacres dans les villages…

 

Il y a pour lui le déchirement d’un départ, l’abandon forcé d’une partie de sa vie, la plus précieuse, l’enfance, avec son bagage de couleurs et d’émotions. Les valises sont restées là-bas, dans la cour d’une ferme. La ferme est restée là-bas, le village est resté là-bas, la terre est restée là-bas. Et les souvenirs.

 

Il y a pour moi un pays en souffrance, égaré dans son histoire. Un pays dépouillé d’une partie de sa mémoire. Il y a pour moi la honte de ce pillage.

 

Il y a pour lui et pour moi une rencontre fragile aux frontières d’un pays perdu.

Un pays qu’il ne reconnaît plus, un pays que je ne connaîtrai jamais.

De cette blessure toujours ouverte au bord de son cœur, il ne se plaint pas.

Il se souvient d’une parcelle de paradis. Et je me souviens avec lui.

 

Fabienne Janvier 2009

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22 mars 2009

Qui es-tu, Fabeli?


 

Je suis femme puzzle, éparpillée pièce par pièce, disséminée.

Je suis femme miroir, image formée et déformée, jamais la même, une fois l'une, une fois l'autre.

Je suis femme ficelle, défaite, désenroulée. Je perds mon propre fil, je m'emmêle de l'intérieur.


Je suis je suis femme bougie, fragile flamme pourtant vive.

Je suis femme boussole, je me guide, je m'emmène dans l'entrelacs des jours, je fixe le pôle de ma vie.

Je suis femme cercle, de cycles en cycles, je m'enroule, boule de chair, de muscles, de nerfs mouillés de sang.


Je suis femme lien, tissée d'amour et de peine, je me noue, je m'attache, je retiens.

Je suis femme livre, écrite à l'encre  d'une histoire inédite.

Je suis moi, morceau par morceau, femme réduite et repliée.


Femme assemblée, articulée.

Femme réunie, femme réussie, femme vivante.

Fabienne mars 2009

 

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19 mars 2009

Au clair de la terre

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Au clair de la terre, mon ami d'ailleurs

Quel est ton prénom? Où est ta maison?

Je ne te vois pas, mes yeux sont fermés par les habitudes et les concessions

Je ne t'entends pas, le bruit de ma vie passe par-dessus tout.

Ils disent que, il montrent que…

Mais que disent-ils, que montrent-ils vraiment?

Des images à rêver, des images à faire peur, mais il n'y a personne, que des sujets de papiers.

Debout sur ma rive je regarde vers ton île mais l'horizon tire le rideau de l'incompréhension.

Je ferme les yeux, j'imagine un voyage.

Je pars. Je laisse les valises, protection dérisoire, je pars les mains vides, ouvertes sur l'ailleurs.

Je pars. J'oublie les mots savants d'une langue parfaite.

Je me tais pour entendre et mieux parler ta langue.

Langue liane, langue lien, lettres tissées entre nous pour nous rendre compatibles.

Je ferme les yeux sur les a priori, les opinions, les fabrications. Je pars tout neuf.

Qui seras-tu? D'où seras-tu? Où serons-nous?

Chez toi, chez moi, chez nous.

Partout, par terre, en l'air.

Un espace à prendre, à vivre.

Toi, moi, nous, les autres, transformés en humains d'une même terre.

Génome unique et pérenne.

En un clic, de tous, nous voilà un.

Nos différences établies en passerelles pour courir au clair de la terre.

De je à nous, de moi à vous.

Ne plus vouloir contre, désirer être avec.

Avec elle, avec lui, avec eux, tous capteurs d'unité.

Monde-vision à définir

Vision d'un monde en devenir.

Au clair de la terre, mon ami d'ailleurs, je partirai demain.

Avec le soleil dans ma poche je trouverai le chemin.

La route sera facile, je n'aurai peur de rien. Demain.

 

Fabienne 19.03.09


"Semaine de la langue française" sur le thème: Dix mots pour demain.

Ce sont les dix mots que j'ai soulignés dans mon texte.

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17 mars 2009

Rien à ajouter...


« L’écrivain observe, entend, écoute, enregistre.
Puis il raconte une histoire, mêlant son imagination à son expérience.
Et elle porte nécessairement les cicatrices de son âge »

John le Carré

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14 mars 2009

Tardieusement vôtre

Choisir un extrait de poème et continuer selon son inspiration mais en respectant le style de l'auteur...

 

Le monde est hier


Tout le monde il est là
Comme les autres jours
Mais c’est un autre jour
C’est une autre lumière
Aujourd’hui c’est hier*

Tout le monde il est là
Les zoiseaux, les zinzins
T’as pas vu mon jardin?
Y’a des piles à gogo
Et des chats face de rat

Comme les autres jours
On s’embrasse, on se tue,
On s’embarque, on n’veut plus
S’en aller sous la terre
Siffler l’eau et la boue

 Mais c’est un autre jour
Sans doute une autre terre,
Y’a plus personne dessus
Les zoiseaux, les zinzins
Sont partis, on s’en fout.

C’est une autre lumière
Qui qu’a vu le soleil ?
S’est caché pour toujours
A rangé ses rayons
Le soleil est un con

Aujourd’hui c’est hier
Y’a plus rien sur la terre
Une folie ordinaire
A bouffé l’atmosphère
Que d’la boue, voilà tout

 Tout le monde est hier
Effacé au chiffon
Rayé de l’univers

 T’as pas vu mon jardin
S’en aller sous la terre ?
C’est le tien, c’est le mien,
Allume donc la lumière

Fabienne 11.03.09

*ce paragraphe est extrait d'un poème de Tardieu, "étude de voix d'enfants"

 

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11 mars 2009

Panne de coeur?

coeurJ’ai le cœur sur la main. C’est arrivé ce matin en prenant le pain. J’ai senti une déchirure sous mon sein gauche, comme une fermeture éclair qu’on aurait tirée, comme ça, pour voir.
Encore heureux que j’ai eu le réflexe de mettre la main. Mais non, pas au panier, à ma poitrine ! Parce que hop ! Ni une ni deux, mon cœur a profité de l’occasion. Il a pris son élan et il a sauté. Sur ma main ! Elle est juste assez grande.
Si j’avais eu le cœur gros, c’était foutu, il débordait, perdait l’équilibre et se retrouvait, brisé, sur le bitume. Il aurait manqué se faire écraser par le premier venu, un gamin maladroit ou un vieillard trop pressé.

Me voilà debout dans la rue, avec mon cœur sur la main, bien rouge et palpitant. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire de ce cœur cavaleur ?

J’ai décidé de rentrer chez moi pour réfléchir calmement. Le pain dans une main, le cœur dans l’autre, j’ai remonté l’avenue à pas prudents. Quelques curieux, toujours bien intentionnés, m’ont demandé s’il s’agissait d’un cœur à prendre. Pas du tout, que j’ai répondu, je ne donne pas mon cœur au premier venu!

Pour ouvrir la porte de l’appartement, j’ai fait très attention. Le pain entre les dents, le cœur sur la main et la clef dans l’autre, ouf !

coeurJe regarde ce cœur que je croyais si bien connaître. Je me demande ce qui a bien pu lui passer par l’artère. C’est pas banal un cœur en cavale! Comme je tournais en rond dans ma réflexion, mon petit doigt m’a suggéré une solution. « Puisque ton cœur a ses raisons que ta raison ne connaît pas, va voir un spécialiste»

J’étais un peu angoissée, à l’idée de déballer mon cœur à un inconnu. Et s’il trouvait quelque chose de grave, s’il me demandait de lui ouvrir mon cœur ?

J’ai tout de même décidé de tenter le coup. Mon cœur toujours sur la main, j’ai pris mon courage de l’autre et je suis allée voir un cardiologue. Dans la rue, mon cœur, tout joyeux, interpellait les passants et jouait au joli cœur.

Le spécialiste l’a examiné avec soin, sous toutes ses coutures. Il l’a tourné, retourné, écouté mais n’a trouvé aucun défaut. « Vous avez le cœur net » m’a t-il dit au bout d’un quart d’heure. Avec ça, j’étais bien avancée !

coeurRetour à l’appartement, un peu fatiguée. Mon cœur se fait lourd, je sens que ma main s’épuise à le porter. Je me dit qu’il a de la veine, il a l’air heureux. Et moi, dans l’histoire, qu’est-ce que je deviens ? Il n’est pas question que je reste avec le cœur à l’air, il va finir par attraper mal. Il risque de s’emballer pour le premier venu, et moi je resterais là, sans cœur, perdue.

Soudain le cœur me manque, comme si, déjà, il était parti. Plus de battement, plus de chamade, même pas une petit tachycardie. Un silence total dans ma poitrine béante. J’ai peur pour l’avenir. Et si mon cœur donnait l’exemple ? Si d’autres organes cherchaient à prendre la clef des champs? Mon estomac pourrait se retourner contre moi et filer dans mes talons. Je me retrouverais le ventre à l’air et avec tous ces trous, j’aurais vite froid aux yeux et j’en perdrais la tête.

Il est temps que je reprenne les choses en main avant que les bras m’en tombent.coeur

« Toi, mon p’tit cœur, écoute-moi. Jusque là tout allait bien entre nous. Je m’arrangeais pour te faire une petite vie tranquille, sans bousculade, sans à- coups. Des horaires réguliers, du sommeil, un peu de sport, une nourriture saine, une bonne hygiène de vie, quoi ! Je me tenais loin des passions dévastatrices qui vous laissent le cœur en chantier, pleins de gravats et de rêves effondrés. Et toi, tu rêves d’aventures et de rencontres, tu rêves d’emballements, de chamades. Puisque tu es si vaillant, rien n’est impossible. Je te promets de ne plus jouer à cache- cœur. On va s’amuser, sortir, voir du monde. On s’en donnera à cœur joie, toi et moi. Tu verras, tu l’auras ta belle histoire de cœur.

Mais reviens, s’il te plaît, fais toi petit et tendre que je te glisse entre mes côtes. Voilà, comme ça. Ah ! mais non, ça ne va pas, j’ai le cœur à l’envers. Attends un peu que je retourne la situation. Là, voilà qui est bien. Je me sens beaucoup mieux.
J’ai de nouveau les mains libres et le cœur…bien accroché !
coeur

 Fabienne 02.03.09

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08 mars 2009

Printemps des poètes

Cette année, Jean Tardieu est à l'honneur du Printemps des poètes. J'ai cueilli sur la toile certains de ses poèmes, et je les ai offerts à mes clientes, leur proposant un soupçon de poésie à glisser dans leurs paniers. Il y avait par exemple celui-ci...




Outils posés sur une table

 

 

Mes outils d'artisan
sont vieux comme le monde
vous les connaissez
je les prends devant vous :
verbes adverbes participes
pronoms substantifs adjectifs.

 

Ils ont su ils savent toujours
peser sur les choses
sur les volontés
éloigner ou rapprocher
réunir séparer
fondre ce qui est pour qu'en transparence
dans cette épaisseur
soient espérés ou redoutés
ce qui n'est pas, ce qui n'est pas encore,
ce qui est tout, ce qui n'est rien,
ce qui n'est plus.

 

Je les pose sur la table
ils parlent tout seuls je m'en vais.

 

 

 

 

Jean Tardieu,
"Poèmes pour la main droite" Formeries

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06 mars 2009

Mes mots lus

Janeczka, avec une grande générosité, a proposé de lire les mots des autres. 
Je lui ai proposé de lire ce poème, et c'est
ICI .



Tasse de thé

 La cuillère tinte dans la tasse.

Le thé fumant frémit légèrement.

 

Le matin d’un monde encore endormi

S’annonce doucement au carreau.

L’ombre grise de la nuit va s’enfuir

Sous la caresse tiède du soleil.

Les volutes chaudes de l’or ambré

Flattent mes paupières embrumées.

Première gorgée, brûlure délicieuse.

Le journal déploie ses vapeurs d’encre,

Les titres aguicheurs me font de l’œil.

Ils se battent pour le premier rôle.

 

ACCIDENT MORTEL SUR LA NATIONALE

GREVE SAUVAGE DANS LES TRANSPORTS

DEBATS SANGLANTS ENTRE LES DEPUTES

 

Qui coiffera les lauriers du vainqueur ?

Petites gorgées de chaleur douce

Pour mon âme en train de s’éveiller.

Je veux ce matin détourner les yeux

De ces mots agressifs et ravageurs.

Je veux ce matin éloigner de moi

La noirceur et la folie des humains.

J’appelle à mon réveil le bonheur

D’un matin vierge de toute encre noire.

J’appelle à mon réveil la douceur

De ton regard tendre et lumineux.

Je réclame la caresse amie

De ton souffle sur ma joue endormie,

L’accident de ta main sur la mienne,

Le débat émouvant de nos deux cœurs.

Je déclare la grève immédiate

De la lecture des journaux matinaux.

A l’impression de ces titres accablants

Je substitue l’édition de poèmes.

Je ne veux plus tâcher mes doigts

A l’encre si noire des esprits chagrins.

La beauté du monde existe sans doute.

Dans l’iris pailleté de tes yeux

Je veux la saisir au quotidien.

 

Dernière gorgée de rêve soyeux.

La cuillère tinte dans la tasse.

A l’encontre du monde je m’en vais.

 

Fabienne 2008

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04 mars 2009

Chez Janeczka, j'ai trouvé ce billet qui a résonné en moi...

Trouver les mots, dire ou bien se dire,
c'est essentiel pour garder notre âme en état de marche.
Avancer, à pas minuscules ou à grandes enjambées
mais avancer, les mots sont là qui nous accompagnent,
nous soutiennent, nous enveloppent.

Les mots, les miens, les tiens , les siens.
Mots musiques, mots bruits, mots cris.
Plus de mots, plus de vie.

Posté par fabeli à 09:07 - fabillets - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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