chantier à lire

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19 juin 2009

Fragments d'un jour

fragments_de_peinture_murale_saint_fregantTu devines un peu de jour à travers les volets. Tu attends la sonnerie du réveil en remontant la couette.

Tu ouvres les rideaux, tu te demandes s'il fera beau. Tu as mal au dos, le ciel est gris et la terrasse se mouille de pluie.

Sur le plateau rond, la théière est à gauche, comme toujours et la tasse à droite. Le sucrier se met où il peut.

Tu la regardes, plantée devant la glace, elle ajuste sa tunique, un coup devant, un coup derrière. Elle a quinze ans.

On annonce le retour du beau temps pour la fin de la semaine. Le ciel n'est pas sûr d'être d'accord. Tu as froid.

Tu fais marche arrière sans vraiment tourner la tête. Un jour, c'est sûr, le voisin sortira au même moment.

Elle dit que le mot inspiration lui paraît abstrait. Elle préfère parler d'un petit démon qui est sur son épaule ou sur son ventre. La journaliste rit.

Tu as loupé une première place de parking, puis une seconde. Tu sens tes réflexes amollis. Tu connais bien cette vague hésitation qui précède la migraine.

Il y a une dame qui attend son tour. Tu te faufiles dans son dos pour arriver jusqu'à la caisse. Appuyé sur la balance, Jean Paul note des chiffres sur un bout de papier. Il lève la tête et te sourit.

Les halles vont bientôt fermer. Sur le carreau, les restes du marché : cageots vides, épluchures, visages fatigués.

Tu sors de la rue et décides de prendre à gauche. Une corneille s'effraie de te voir arriver. Elle s'envole.

Tu as composé le numéro. Tu comptes machinalement les sonneries. Elle va décrocher. Tu entendras sa voix.

Parfois le bruit de la circulation se suspend et on peut entendre un chant d'oiseau.

Allongée sur le lit, tu sais qu'il est bientôt l'heure de partir mais tu lis encore quelques pages. Et quelques unes encore.

Dans la maison l'odeur fruitée du gratin de légumes se répand. On décèle le parfum aigre du fromage fondu.

Dans la voiture, enfin, tu sens la chaleur du soleil. Le froid te quitte pour un instant. Tu refuses d'ouvrir la fenêtre.

Sur le bois sombre de la table, tu poses ton cahier et ton stylo. Il est six heures, l'atelier peut commencer.

Fabienne juin 2009

Posté par fabeli à 14:00 - Mots de plumes - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

j'adore...

J'adore,


c'est du Delerm au féminin. Bravo!!!!!!!!!!!!!!


Gilles

Posté par Touraine, 19 juin 2009 à 14:59

Moi aussi, ça me plait!!!

Posté par valérie, 19 juin 2009 à 20:57

Gilles, merci! Votre enthousiasme me touche beaucoup!
Le point de départ de ce texte est un travail effectué en atelier d'écriture. Il s'agissait de produire des "instantannés".

Posté par fabeli, 20 juin 2009 à 07:42

Valérie, merci :)

Je peux te dire que tes mots me manquent?

Posté par fabeli, 20 juin 2009 à 07:44

Pris sur-le-vif

des choses de la vie quotidienne, que tout le monde connaît, et que tu exprimes en "instantanés" précis, qui sentent le vécu. Un beau travail d'atelier d'écriture, Fabeli!

Posté par Lorraine, 20 juin 2009 à 12:46

Lorraine, merci pour cette apprécition.
En atelier, lorsque je suis confrontée à une proposition d'écriture quie me pose problème, je reste en terrain connu. Et je suis mon terrain le plus connu, n'est-ce pas! :)

Posté par fabeli, 21 juin 2009 à 09:23

J'aime beaucoup ces fragments de vie, c'est très réussi. Simplement, j'enlèverais peut-être la dernière séquence...
:-)

Posté par phil, 22 juin 2009 à 08:45

Phil, et pourquoi?

Posté par fabeli, 22 juin 2009 à 11:31

Et bien je ne sais pas, peut-être peut on se passer de la référence à l'atelier (qui n'est pas forcément explicite pour un non initié).

Posté par phil, 22 juin 2009 à 13:17

Phil, bonne réponse! merci pour cette remarque judicieuse.

Posté par fabeli, 22 juin 2009 à 22:28

Oui, je remarque que j'ai toujours la vision du texte potentiellement imprimé dans un recueil, et non pas simplement diffusé dans un cercle littéraire restreint sur le net.

Posté par phil, 23 juin 2009 à 08:42

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