chantier à lire

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08 septembre 2009

Renaissance

maquillage_1Elle est de nouveau à la même place, devant le rayon des accessoires de beauté. Emerveillée par la diversité des couleurs, des textures, elle ne se lasse pas de regarder, toucher, sentir. Boîtes, tubes, flacons, palettes. Poudre, crème, parfum. Elle redécouvre cet univers dédié au plaisir avec une joie quasi enfantine.

Il y a un an, une éternité, le corps médical renonçait pour elle au monde des vivants. « Phase terminale ». Couperet décisif et fatal. Quelques mots, rien de plus, déchiffrés sur les lèvres d’un médecin maladroit.

Puisque elle n’avait plus rien à perdre, elle a lancé toutes ses forces dans la bataille. Cette phase, elle a décidé qu’elle serait terminale pour la maladie et non pour sa vie.

A chaque larme de désespoir, elle a opposé un sourire. A chaque cri de douleur, un éclat de rire. Pour chaque bout de peau martyrisé, elle a donné une caresse.

Comme un naufragé qui déchire ses ongles sur le moindre bout de bois, elle a accroché son âme à chaque seconde de chaque minute. Elle a tissé les jours pour en faire des semaines puis des mois. Au rythme des rendez-vous médicaux, elle a projeté ses pensées un peu plus loin.

Le médecin maladroit n’a jamais rien su de sa maladresse. En bon professionnel il a dû noter le début de sa fin.
Elle se bat chaque jour pour qu’il n’en note jamais la fin.

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30 juillet 2009

Souvenirs...

...d'assassin

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-Tu vois, j'ai bien fait le tour de la question, je suis sûre que le voisin d'en face a tué sa femme.

Depuis 5 ans que nous habitons ici, je les connais bien, tu penses ! D’ici, je vois leur cuisine et leur chambre. C’est drôle tout ce qu’on apprend sur les gens en les observant dans ces deux pièces. La cuisine, comme la chambre, c’est intime. Les gens sont naturels quand ils mangent, comme quand ils font l’amour. Tu m’écoutes ?

Soupir. Froissement de journal.

-Qu’est ce qui te fais dire ça ?

-Qu’il l’a tué ? Intuition féminine, mon cher. En trente ans de mariage, avoue que je me suis rarement trompée. La grossesse cachée de la fille du 5ème, le trafic du fils de la concierge, la double vie du notaire. Tu vois rien ne m’échappe ! Au début, ils se parlaient beaucoup à table, elle lui souriait, ils fermaient souvent les rideaux de la chambre, même en plein jour. Puis petit à petit, ça s’est dégradé. De longs silences à table, et les rideaux qui restaient ouverts. Et il y a trois jours…Tu ne veux pas savoir la suite ?

Journal. Soupir.

-Alors ?

-Eh bien, il y a trois jours, non, quatre, ce jeudi où tu es rentré tard de ton bridge. Je l’ai vu, lui, dans sa cuisine, à 9 heures du soir, qui aiguisait des couteaux avec soin, et après il passait le doigt sur la lame, pour voir, brrr! J’en avais la chair de poule. Tu irais, toi, aiguiser des couteaux avec minutie, à 9 heures du soir ? Et une fois qu’il a eu terminé, il a tiré les rideaux de la cuisine. Je te dis qu’il l’a tuée. Il en avait assez qu’elle aguiche tous les hommes du quartier en sortant habillée et maquillée comme un sapin de Noël. Que dirais-tu si je sortais attifée comme ça, hein! ? Ce que je me demande, c’est comment il a fait disparaître le corps. Même en morceaux, une femme, c’est encombrant ! Où tu vas ?

-Sortir le chien. Ils ont divorcé. Elle qui me l’a dit, hier, en sortant du bar où elle travaille.

Il ouvre la porte.

-Lui, il est artisan coutelier, rue Caulaincourt, je lui porte nos couteaux tous les ans.

Texte écrit dans le cadre de l'atelier Paroles plurielles  en janvier 2008


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24 juin 2009

Grande vadrouille

Perché sur le flanc de la colline qui surplombe le village, le nain observe le va et vient incessant au pied des remparts étonnamment fortifiés pour un si petit village. Il tente d'identifier les silhouettes encapuchonnées qui entrent et sortent, les bras chargés de sacs de toile. Le nain frissonne malgré le gilet de peau sombre qui couvre ses épaules. La nuit s'approche, elle couvre déjà les bords de la forêt qui s'étend au nord, vers les montagnes. Le nain hésite à quitter son poste d'observation pour descendre dans la plaine. Peut-être vaut-il mieux attendre le jour?

Le soir est tombé tout à fait. La jeune femme marche d'un pas rapide, elle paraît soucieuse. Elle est plutôt jolie, porte une tenue légère. A son épaule, se balance un sac en toile claire. Elle approche d'un grand bâtiment en pierre.

Un bruit soudain dans son dos, quelques éclats de pierrailles qui déboulent sur sa gauche. Le nain se couche derrière un buisson, ferme les yeux pour mieux disparaître. Une silhouette menue émerge de la nuit claire et s'avance. Le visage du nain exprime une grande surprise quand il reconnaît l'enfant qu'il a recueilli quelques temps plus tôt. Il sort de sa cachette, et d'une voix douce interpelle l'enfant. Celui-ci ne marque aucune surprise, comme s'il s'attendait à cette rencontre.

Les deux hommes sont assis dans une grande pièce qui ressemble à un laboratoire. Ils ont l'air très inquiet. Sur une table, des feuilles couvertes de plans, de chiffres, que les deux hommes lisent avec application. Ils parlent d'une grosse erreur, de tout refaire.

L'enfant invite le nain à l'accompagner et tous deux descendent vers les remparts. On distingue de mieux en mieux les hommes qui transportent des sacs en toile. Le nain interroge l'enfant et celui-ci explique qu'il s'agit des ouvriers de l'usine à texte. Le nain s'étonne de ne pas avoir entendu parler d'une telle usine et l'enfant le regarde sans répondre. Dans ses yeux une lueur étrange mais le nain ne la voit pas, occupé à observer l'entrée du village.

La jeune femme est entrée dans le bâtiment qui semble vide. Elle traverse plusieurs pièces sans hésiter mais on la sent inquiète de se trouver seule, elle sursaute au moindre bruit.

Le nain cherche à voir le visage des ouvriers qui passent non loin d'eux mais il fait trop sombre. L'enfant se dirige vers le poste de garde, il chuchote un mot de passe que le nain n'entend pas.

Les deux hommes sont en colère. Le plus grand tape sur la table en criant et dit qu'il en était sûr, que ça ne pouvait pas marcher.

Dans le village, le nain regarde autour de lui avec étonnement. Toutes les maisons sont identiques et sur une grande place se dresse un bâtiment massif et sans aucune fenêtre.

Dans une pièce sombre, la jeune femme s'avance lentement. Soudain, à la lueur de la lune, elle aperçoit une silhouette masculine penchée sur le sol. Elle s'arrête, hésite à faire demi-tour.

Sur la table du laboratoire le corps d'un homme allongé. Son visage est paisible, il semble dormir. Le haut de son crâne a été soigneusement découpé. Plusieurs fils et plaques métalliques apparaissent. Deux mains s'approchent et sectionnent les fils.

Le nain n'en croit pas ses yeux. Dans l'usine, des milliers livres sont entreposés mais leurs pages sont blanches. L'enfant le pousse vers un escalier sombre.

La jeune femme se met à hurler et allume la lumière.

Le nain se retourne, aperçoit une arme dans la main de l'enfant.

Les yeux de l'homme s'ouvrent brusquement, il sourit, se lève d'un bond et…

"Nicolas, arrête de zapper comme ça! C'est stupide! Choisis un programme et donne-moi cette télécommande!"

PS: en ce moment c'est moi qui zappe allègrement entre boulot (++), maison et enfants. J'écris quand je peux et  j'ai un peu de mal à visiter régulièrement mes blogamis. J'espère que ce rythme infernal cessera bientôt...

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19 juin 2009

Fragments d'un jour

fragments_de_peinture_murale_saint_fregantTu devines un peu de jour à travers les volets. Tu attends la sonnerie du réveil en remontant la couette.

Tu ouvres les rideaux, tu te demandes s'il fera beau. Tu as mal au dos, le ciel est gris et la terrasse se mouille de pluie.

Sur le plateau rond, la théière est à gauche, comme toujours et la tasse à droite. Le sucrier se met où il peut.

Tu la regardes, plantée devant la glace, elle ajuste sa tunique, un coup devant, un coup derrière. Elle a quinze ans.

On annonce le retour du beau temps pour la fin de la semaine. Le ciel n'est pas sûr d'être d'accord. Tu as froid.

Tu fais marche arrière sans vraiment tourner la tête. Un jour, c'est sûr, le voisin sortira au même moment.

Elle dit que le mot inspiration lui paraît abstrait. Elle préfère parler d'un petit démon qui est sur son épaule ou sur son ventre. La journaliste rit.

Tu as loupé une première place de parking, puis une seconde. Tu sens tes réflexes amollis. Tu connais bien cette vague hésitation qui précède la migraine.

Il y a une dame qui attend son tour. Tu te faufiles dans son dos pour arriver jusqu'à la caisse. Appuyé sur la balance, Jean Paul note des chiffres sur un bout de papier. Il lève la tête et te sourit.

Les halles vont bientôt fermer. Sur le carreau, les restes du marché : cageots vides, épluchures, visages fatigués.

Tu sors de la rue et décides de prendre à gauche. Une corneille s'effraie de te voir arriver. Elle s'envole.

Tu as composé le numéro. Tu comptes machinalement les sonneries. Elle va décrocher. Tu entendras sa voix.

Parfois le bruit de la circulation se suspend et on peut entendre un chant d'oiseau.

Allongée sur le lit, tu sais qu'il est bientôt l'heure de partir mais tu lis encore quelques pages. Et quelques unes encore.

Dans la maison l'odeur fruitée du gratin de légumes se répand. On décèle le parfum aigre du fromage fondu.

Dans la voiture, enfin, tu sens la chaleur du soleil. Le froid te quitte pour un instant. Tu refuses d'ouvrir la fenêtre.

Sur le bois sombre de la table, tu poses ton cahier et ton stylo. Il est six heures, l'atelier peut commencer.

Fabienne juin 2009

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15 juin 2009

Automatic-tic

parapluie_1Comme d'habitude, elle a oublié d'ouvrir son parapluie. Bien sûr, la pluie se faisait gentille, mais très vite les cheveux gris se sont poudrés de gouttelettes et la toile de la veste aussi. Pourtant le parapluie est resté sagement calé sous son bras. Comme d'habitude, elle marchait d'un pas rapide et court, tricotant des jambes sur le bitume noir. Quand on n'a jamais passé le mètre cinquante deux, on donne toujours l'impression de tricoter des jambes. Elle a traversé la rue Carnot, tourné à l'angle de la nouvelle pharmacie, longé le square et son lot de SDF, pour enfin pousser la porte du vingt six de la rue Despourrins.

Monsieur Jean Paul Marnay

kinésithérapeute, DE

consultations sur rendez-vous.

Comme d'habitude elle a jeté un coup d'œil sur la plaque grise gravée de blanc On ne sait jamais ? Un départ inopiné, un déménagement soudain. Autant être sûre. D'une semaine sur l'autre, le monde va, fait ses petites affaires, et Jean Paul, partant définitivement pour le Mato Grosso ou l'Ouzbékistan, pourrait avoir omis de prévenir Marguerite.

Comme d'habitude, elle a fermé avec soin la porte blanche qui donne sur la rue, relevant la poignée jusqu'à entendre ce petit clic! , signal d'une bonne fermeture. Au premier rendez-vous, sans méfiance, elle a juste baissé puis relever la poignée, dans un geste banal et courant. Mais la porte, avant même qu'elle se soit assise, s'était ouverte sur le grondement de la rue. C'est alors qu'elle avait vu le petit carton, fixé juste au-dessus de la poignée: "Merci de fermer la porte avec soin"

Elle a placé son parapluie dans le pot de faïence bleue prévu à cet effet et s'est assise, comme d'habitude, sur la chaise de droite, à côté de la table basse où s'ennuient quelques magasines. Elle a essayé un jour la chaise de gauche, pour voir. Mais non, elle se sent mieux à droite, allez donc savoir pourquoi. Inutile de chercher des explications, c'est comme ça, c'est tout. Si on devait tout expliquer, la vie pourrait devenir difficile. Non, le plus simple, c'est de la prendre comme elle vient. On se lève le matin, comme d'habitude, on jette un coup d'œil par la fenêtre de la cuisine et on prend ce qui vient. Pour l'instant, ce qui vient, c'est une séance de kiné avec Jean Paul.

Comme d'habitude, elle a saisi un magasine sur la table, a parcouru les titres. Seulement les titres, parce que pour le reste, il faudrait sortir les lunettes. Mais pour cinq ou dix minutes d'attente, c'est inutile. Sinon, quand Jean Paul ouvrira la porte, on perdra du temps à enlever les lunettes, les remettre dans l'étui, l'étui dans le sac. Et Jean Paul qui attend, sourire au lèvres, légèrement tourné vers la salle de soin. Il attend les lunettes, l'étui, le sac et enfin Marguerite.

Alors Marguerite survole les titres du magasine et imagine le reste.

"Pour en finir avec les dettes, il saute du dixième étage"

Ça, c'est clair, elle le voit bien. Mais après, c'est flou. Le pourquoi, le comment, elle ne sait pas. Les dettes, le désespoir, le dixième étage, elle ne sait pas non plus.

Comme d'habitude, Marguerite peine à imaginer une autre réalité que la sienne. Dans le monde de Marguerite, on ne gagne pas des mille et des cents, mais on paie ce qu'on doit, à qui on le doit. Et ça ne va pas chercher plus loin. Alors elle abandonne le désespoir au dixième étage et tourne la page avec application.

"Partir en vacances avec ses enfants: pour ou contre"

Comme d'habitude, Marguerite est pour. Ce n'est pas entièrement systématique mais, tout de même, ça arrive souvent. Elle n'aime ni les débats, ni les confrontations. Quand on est pour, les choses sont plus faciles. Et puis faire des enfants et ne pas les emmener en vacances, c'est cruel. Marguerite n'a pas d'enfants, mais si elle en avait, elle est sûre de les emmener en vacances.

Comme d'habitude, elle n'est pas vraiment triste de penser que, peut-être, elle aurait pu avoir des enfants. Elle est rarement triste. C'est la vie qui est comme ça. A prendre ou à laisser. Elle a pris ce qu'on a bien voulu lui donner. Un travail, un petit appartement dont elle est enfin propriétaire, une bonne santé. Non, le kiné ce n'est pas grave. Juste un peu de rééducation après une mauvaise chute un jour de pluie. En voulant ouvrir, pour une fois, son parapluie, elle a trébuché. C'est idiot mais ce n'est pas grave.

Il y a sûrement plus malheureux que Marguerite. Elle a pris les jours de pluie et les jours de soleil avec une humeur égale. Elle est comme ça, c'est dans sa nature. Au couvent, quand l'une ou l'autre de ses camarades de classe gémissait d'un mal de tête ou de ventre, on la donnait en exemple. "Regardez Marguerite, comme d'habitude elle ne se plaint pas. Elle connaît la vanité de la plainte. Le seigneur voit nos souffrances. Inutile d'en rajouter, nous ne ferions que fatiguer ses oreilles"

Marguerite ne fatigue les oreilles de personne. Il n'y a pas d'oreilles près d'elle. Seulement les oreilles du seigneur, là-haut. A quoi bon, puisqu'il voit tout?

Jean Paul a dû prendre du retard. Quelques fractures ou lumbagos à traiter en urgence. Comme d'habitude, Marguerite ne s'impatiente pas. Les pieds bien calés au sol, le dos droit contre son siège, elle patiente en compagnie des titres en lettres capitales.

"fruits et légumes de saison: le choix de la raison"

Elle a préparé une soupe pour ce soir. On est en mai, d'accord, les beaux jours sont censés être là, mais comme d'habitude, Marguerite apprécie de commencer son dîner par un bol de soupe. Le midi, à la cantine de la trésorerie générale, on ne sert de la soupe que pendant les mois d'hiver, et encore. Evidemment les jeunes boudent la soupe. Ils ne jurent que par les salades ou les terrines colorées mais insipides. A la cantine, Marguerite se plie aux habitudes du plus grand nombre. Elle est bien consciente que le chef cuisinier ne va pas préparer de la soupe pour quelques rares amateurs de potages. C'est naturel, il faut simplifier le travail, harmoniser. Mais dans le confort douillet de son appartement, Marguerite a droit à son bol de soupe. Avec des légumes de saison, bien sûr. Avait-on le choix, autrefois? On se contentait de ce que l'on trouvait au marché, sur les étals de bois dépliés chaque jour par les paysans du coin.

Jean Paul est en retard. Elle ne va pas sortir sa montre du sac mais elle en est certaine, il est en retard. Elle a fini de feuilleter un magasine et s'apprête à en saisir un second; c'est inhabituel. Cinq ou dix minutes, elle n'attend guère plus les autres jours. Le temps d'égrainer les titres d'un magasine. Il y en a quatre, elle les a lu à tour de rôle, reprenant la pile au début à partir de la cinquième séance. Ce n'est pas grave, elle n'est pas pressée, n'a pas de voiture au parcmètre, personne à visiter. Elle attend. Jean Paul va finir par ouvrir la porte bleue, celle qui conduit à son cabinet. Elle ne l'aura pas entendu venir parce qu'il marche pieds nus. Oui, ce n'est pas commun. C'est une habitude qu'il a rapporté d'un séjour en Inde. Là-bas, a-t-il expliqué, c'est une sorte de tradition, on reste en contact avec la terre, les énergies du cosmos. Marguerite n'y voit pas d'inconvénient. Elle sait bien qu'elle ne pourrait pas faire la même chose mais ça ne la dérange pas.

Il y a tout de même quelque chose qui est en train de la déranger. Le silence. Il y a bien les bruits de la rue, assourdis et habituels mais dans le cabinet, rien. Dans la salle d'attente c'est normal, puisqu'elle est seule avec les deux chaises, la table, et les magasines. Mais derrière la porte de la salle de soin règne un silence que Marguerite finit par trouver inquiétant. Ce n'est pas que Jean Paul fasse beaucoup de bruits en soignant ses patients. Tout de même, il y a parfois le ronronnement d'un appareil, un objet qui chute sur le lino, une chaise déplacée, une petite quinte de toux. Aujourd'hui, rien. Rien du tout. Marguerite a soudain conscience qu'elle est seule. Elle en est sûre. Que se passe-t-il? Un accident? Un malaise? Une absence?

Marguerite pose son sac sur la table basse, se lève, avance d'un pas. Comme d'habitude, elle fait le moins de bruit possible, ne veut pas se faire remarquer. Elle s'approche de la porte bleue, colle son oreille en retenant son souffle. Non, décidément, rien. Que faire? Frapper et entrer? Partir et téléphoner plus tard? Comme d'habitude, elle hésite, envisage toutes les solutions, pèse le pour et le contre. C'est difficile de prendre une décision. Marguerite est seule, il n'y a personne pour donner un avis derrière lequel elle pourrait se ranger.

Marguerite reprend son sac, reste debout, regarde la porte, son parapluie, la porte, son parapluie, la porte, son parapluie, la porte, son parapluie, la porte…

Fabienne avril 2009

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21 mai 2009

sale attente

Voilà une heure qu'elle patiente. Une heure dans cette salle d'attente. Poussière, sueur, ennui. Que des vieux! Non, pas tout à fait. Des mères avec de jeunes enfants intimidés. Et des vieux. Des vieux boitant, hésitant, bégayant. Un vieux plus vieux encore, affalé dans un fauteuil roulant, échoué au beau milieu de la pièce. Colis consigné en attente d'être récupéré.
Elle a porté un livre. Feuilleter d'un air distrait. S'apercevoir qu'on l'a déjà lu. C'est idiot. Relire un peu. Passer le temps.
Monsieur Laplace. Madame Arroyo. Mademoiselle Aurélie Sassus. Ça entre, ça sort, ça entre, ça sort. Bonjour madame, entrez. Au revoir monsieur, sortez. Elle est peut-être là jusqu'à la nuit, jusqu'à demain matin, les fesses de travers sur la banquette étroite. Fermer le livre, ranger le livre. Fermer les lunettes, ranger les lunettes. Fermer les yeux, ranger les yeux. Les replier soigneusement, gommer les gens, les voix, cette odeur d'enfermement qui imprègne l'estomac.


Dehors il a plu un peu sur le vent de poussière, le trottoir est veiné de jaune pâle. Elle rejoint la voiture en marchant d'un bon pas pour s'aérer. L'odeur têtue de cette sale attente la suit. Bien rangée dans son sac, l'ordonnance. + 0,50 œil droit, + 0,75 œil gauche, verres progressifs.
Pas de la cochonnerie fabriquée à Taïwan. Une vraie marque, c'est très bien, on s'habitue vite. Ça n'ira pas en s'arrangeant.

Que des vieux! Elle aussi. Une vieille en gestation. Et l'accouchement, c'est pour quand? Dix ans? Quinze ans? Vingt ans? Est-ce qu'ils le savent, les vieux, qu'ils sont vieux? L'épave, dans son fauteuil, elle le sait?

On se couche un soir, on n'est pas vieux. On se lève un matin, on est vieux. Mauvais yeux, mauvais dents, mauvaises jambes…

Elle marche d'un bon pas dans la rue. Ses jambes vont bien, merci. Elle veut oublier cette petite douleur réticente dans la hanche. Il n'y a pas de douleur. C'est une mauvaise idée. Elle choisira peut-être ces nouvelles montures à la mode, celles que l'on voit sur les visages éternellement lisses des présentatrices du journal.
Rentrer, préparer le dîner, vérifier les devoirs. Eviter les miroirs.

Fabienne 20 avril 2009

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20 mai 2009

Pluie

Zut! Il pleut!

Parapluie oublié. Coiffeur foutu, chaussures mouillées.

Fichue journée, ciel gris plombé.

Flaques à sauter, gerbes d'eau sale. Courir, courir encore.

Où s'abriter? Rue liquide et sans espoir.

Galoper sur le trottoir. Flaque, flaque, flaque.

Manteau mouillé, claquer des dents. Chaussures éponges, flac! Flac! Flac!

Cheveux trempés sur joues glacées.

Pluie, vent. Pluie, vent. Tango torride des éléments.

Lutte acharnée. Ne pas lâcher. Pas s'envoler.

Pluie, vent. Pluie, vent. Liaison fatale.

S'arque- bouter. S'envelopper. Se resserrer.

Livrer bataille au couple infernal.

Lutter, lutter, lutter.

Rue torrentielle, pavés glissants.

Piétons brindilles, voitures poissons.

Garder le cap. Courir, courir, courir.

Yeux embués. Presque arrivé.

Trouver sa porte, trouver sa clef.

S'engouffrer, s'effondrer, respirer.

Se secouer, déshabiller, éponger, frictionner.

Eternuer, coup de froid, s'emmitoufler.

Envie d'un thé, mettre de l'eau à chauffer.

Ttasse et cuillère, arôme d'herbes sèches.

Lumière tamisée, musique douce, coussins câlins, jambes repliées.

Se retrouver, se reposer. Petites gorgées de volupté.

Dehors, pluie d'orage, vent de rage, valse violente.

Dedans, cocon chaleur, ventre douceur.

Fermer les yeux, s'envelopper de patience.

Après la pluie, vient le beau temps.

Fabienne, mai 2009

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05 mai 2009

Le marché de monsieur X

...les commentaires.

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19 mars 2009

Au clair de la terre

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Au clair de la terre, mon ami d'ailleurs

Quel est ton prénom? Où est ta maison?

Je ne te vois pas, mes yeux sont fermés par les habitudes et les concessions

Je ne t'entends pas, le bruit de ma vie passe par-dessus tout.

Ils disent que, il montrent que…

Mais que disent-ils, que montrent-ils vraiment?

Des images à rêver, des images à faire peur, mais il n'y a personne, que des sujets de papiers.

Debout sur ma rive je regarde vers ton île mais l'horizon tire le rideau de l'incompréhension.

Je ferme les yeux, j'imagine un voyage.

Je pars. Je laisse les valises, protection dérisoire, je pars les mains vides, ouvertes sur l'ailleurs.

Je pars. J'oublie les mots savants d'une langue parfaite.

Je me tais pour entendre et mieux parler ta langue.

Langue liane, langue lien, lettres tissées entre nous pour nous rendre compatibles.

Je ferme les yeux sur les a priori, les opinions, les fabrications. Je pars tout neuf.

Qui seras-tu? D'où seras-tu? Où serons-nous?

Chez toi, chez moi, chez nous.

Partout, par terre, en l'air.

Un espace à prendre, à vivre.

Toi, moi, nous, les autres, transformés en humains d'une même terre.

Génome unique et pérenne.

En un clic, de tous, nous voilà un.

Nos différences établies en passerelles pour courir au clair de la terre.

De je à nous, de moi à vous.

Ne plus vouloir contre, désirer être avec.

Avec elle, avec lui, avec eux, tous capteurs d'unité.

Monde-vision à définir

Vision d'un monde en devenir.

Au clair de la terre, mon ami d'ailleurs, je partirai demain.

Avec le soleil dans ma poche je trouverai le chemin.

La route sera facile, je n'aurai peur de rien. Demain.

 

Fabienne 19.03.09


"Semaine de la langue française" sur le thème: Dix mots pour demain.

Ce sont les dix mots que j'ai soulignés dans mon texte.

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11 mars 2009

Panne de coeur?

coeurJ’ai le cœur sur la main. C’est arrivé ce matin en prenant le pain. J’ai senti une déchirure sous mon sein gauche, comme une fermeture éclair qu’on aurait tirée, comme ça, pour voir.
Encore heureux que j’ai eu le réflexe de mettre la main. Mais non, pas au panier, à ma poitrine ! Parce que hop ! Ni une ni deux, mon cœur a profité de l’occasion. Il a pris son élan et il a sauté. Sur ma main ! Elle est juste assez grande.
Si j’avais eu le cœur gros, c’était foutu, il débordait, perdait l’équilibre et se retrouvait, brisé, sur le bitume. Il aurait manqué se faire écraser par le premier venu, un gamin maladroit ou un vieillard trop pressé.

Me voilà debout dans la rue, avec mon cœur sur la main, bien rouge et palpitant. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire de ce cœur cavaleur ?

J’ai décidé de rentrer chez moi pour réfléchir calmement. Le pain dans une main, le cœur dans l’autre, j’ai remonté l’avenue à pas prudents. Quelques curieux, toujours bien intentionnés, m’ont demandé s’il s’agissait d’un cœur à prendre. Pas du tout, que j’ai répondu, je ne donne pas mon cœur au premier venu!

Pour ouvrir la porte de l’appartement, j’ai fait très attention. Le pain entre les dents, le cœur sur la main et la clef dans l’autre, ouf !

coeurJe regarde ce cœur que je croyais si bien connaître. Je me demande ce qui a bien pu lui passer par l’artère. C’est pas banal un cœur en cavale! Comme je tournais en rond dans ma réflexion, mon petit doigt m’a suggéré une solution. « Puisque ton cœur a ses raisons que ta raison ne connaît pas, va voir un spécialiste»

J’étais un peu angoissée, à l’idée de déballer mon cœur à un inconnu. Et s’il trouvait quelque chose de grave, s’il me demandait de lui ouvrir mon cœur ?

J’ai tout de même décidé de tenter le coup. Mon cœur toujours sur la main, j’ai pris mon courage de l’autre et je suis allée voir un cardiologue. Dans la rue, mon cœur, tout joyeux, interpellait les passants et jouait au joli cœur.

Le spécialiste l’a examiné avec soin, sous toutes ses coutures. Il l’a tourné, retourné, écouté mais n’a trouvé aucun défaut. « Vous avez le cœur net » m’a t-il dit au bout d’un quart d’heure. Avec ça, j’étais bien avancée !

coeurRetour à l’appartement, un peu fatiguée. Mon cœur se fait lourd, je sens que ma main s’épuise à le porter. Je me dit qu’il a de la veine, il a l’air heureux. Et moi, dans l’histoire, qu’est-ce que je deviens ? Il n’est pas question que je reste avec le cœur à l’air, il va finir par attraper mal. Il risque de s’emballer pour le premier venu, et moi je resterais là, sans cœur, perdue.

Soudain le cœur me manque, comme si, déjà, il était parti. Plus de battement, plus de chamade, même pas une petit tachycardie. Un silence total dans ma poitrine béante. J’ai peur pour l’avenir. Et si mon cœur donnait l’exemple ? Si d’autres organes cherchaient à prendre la clef des champs? Mon estomac pourrait se retourner contre moi et filer dans mes talons. Je me retrouverais le ventre à l’air et avec tous ces trous, j’aurais vite froid aux yeux et j’en perdrais la tête.

Il est temps que je reprenne les choses en main avant que les bras m’en tombent.coeur

« Toi, mon p’tit cœur, écoute-moi. Jusque là tout allait bien entre nous. Je m’arrangeais pour te faire une petite vie tranquille, sans bousculade, sans à- coups. Des horaires réguliers, du sommeil, un peu de sport, une nourriture saine, une bonne hygiène de vie, quoi ! Je me tenais loin des passions dévastatrices qui vous laissent le cœur en chantier, pleins de gravats et de rêves effondrés. Et toi, tu rêves d’aventures et de rencontres, tu rêves d’emballements, de chamades. Puisque tu es si vaillant, rien n’est impossible. Je te promets de ne plus jouer à cache- cœur. On va s’amuser, sortir, voir du monde. On s’en donnera à cœur joie, toi et moi. Tu verras, tu l’auras ta belle histoire de cœur.

Mais reviens, s’il te plaît, fais toi petit et tendre que je te glisse entre mes côtes. Voilà, comme ça. Ah ! mais non, ça ne va pas, j’ai le cœur à l’envers. Attends un peu que je retourne la situation. Là, voilà qui est bien. Je me sens beaucoup mieux.
J’ai de nouveau les mains libres et le cœur…bien accroché !
coeur

 Fabienne 02.03.09

Posté par fabeli à 21:46 - Mots de plumes - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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