25 janvier 2009
Petit bonheur complice

C’est une fin d’après midi ou un début de soirée. L’heure du repas approche mais il reste encore quelques préparatifs. C’est l’hiver de préférence. A cause de la chaleur du four il y a de la buée aux fenêtres. On a mis le tablier, celui qui est peu seyant mais bien enveloppant. Parce que ça suffit de jouer les coquettes et de toujours se tâcher. Devant soi une planche, quelques légumes épluchés. Une soupe est en cours. La cocotte est sur le feu, on est tranquille. On sait que l’on n’a rien d’autre à faire que ce repas, un repas ordinaire, un repas de tous les jours. La radio joue ne sourdine quelque chose de léger, des flûtes, qui sont sans doute traversières, un piano. On écoute à peine.
Quand
elle arrive avec sa question, on répond d’un air distrait. De quoi
s’agit-il ? Un devoir de français ? Un mot d’anglais ? On
fournit la réponse mais de toute évidence ça ne suffit pas. Les légumes sont
coupés, il s’agit de les plonger dans l’eau bouillante. Elle a tourné la chaise
dos au mur et s’est assise, croisant les mains autour de ses genoux. Il y a
autre chose, on le sent bien. Ça commence par « dis, maman »
C’est
un moment doux et chaud. Un instant de partage et de connivence. C’est un
problème de fille ou une histoire de cœur. C’est important. On en parle, là, au
milieu des odeurs et des bruits de cuisine. On se sent unies par un lien vital
et souple à la fois. La soupe mijote à petits bouillons, elle embaume la
maison. On aura le temps de faire un dessert. Elle est repartie dans sa chambre. Sur la joue, on garde la trace émue d'un baiser.
fabienne novembre 2008
07 janvier 2009
Petit bonheur à sentir
Le parfum
On marche dans la rue ou bien on patiente
sagement dans la file d’attente. C’est égal, on a la tête dans le vague du quotidien.
Quand soudain le parfum vient cogner à la porte du souvenir. Il fait sauter les
verrous. L’espace d’une respiration, on bascule dans une réalité oubliée. Une
voix, un regard, une peau.
Tout est là, déballé au bord du cœur. On ferme à
demi les yeux, on alentit le geste, on s’absente.
Mais déjà le parfum
s’éloigne. On cherchera, nez au vent, un reste du passé.
C’est fini, tout est
rangé. Le cœur tremble juste encore un peu.
fabienne novembre 2008
18 décembre 2008
Petit bonheur à boire
La
bonne bouteille
On
la gardait précieusement pour une occasion. Naissance, anniversaire, une
promotion à fêter.
Et puis non. On va l’ouvrir ce soir. Pour rien. Pour faire
une surprise.
A toujours attendre le moment extraordinaire, ne passe-t-on pas à
côté de l’essentiel, l’instant fragile d’un bonheur simple ?
Préparer
quelques toasts, poser les verres sur la table du salon. On savoure par avance
le nectar moelleux qui caressera la langue. On se régale déjà du plaisir qui
fera briller les yeux. C’est une bonne année.
fabienne novembre 2008
13 décembre 2008
Petits bonheurs...

Les bougies d’anniversaire
On avait décidé
qu’on n’en mettrait pas. Passé un certain âge, ça ne se fait plus. La petite
plaque en sucre chimique avec ses lettres dorées, c’est suffisant.
On a quand
même demandé à la petite dernière, déjà adolescente. Elle a dit non, d’un ton
agacé. Bien sûr, elle a raison, c’est dépassé, c’est enfantin.
Mais au dernier
moment, alors que le gâteau est sur le plat, prêt à partir, on décide que, oui,
on en mettra. Tant pis pour le côté puéril de la chose.
Vite, chercher le paquet
dans le placard, vite, planter au hasard, il n’y a pas le nombre, ce n’est pas
grave, on va s’arranger avec les mathématiques, vite, le briquet. Éteignez les
lumières !
Dans la pénombre, à la lueur fragile des bougies
d’anniversaire, tous les yeux brillent.
fabienne novembre 2008
09 décembre 2008
Petits bonheurs...
Dessin de Béatrice*
La
première tasse de thé
Les yeux sont encore embrumés de sommeil mais
dans la maison silencieuse, on trouve les gestes sans réfléchir. Plateau,
tasse, théière, sucrier. Mettre l’eau à chauffer.
On ouvre la boite à thé et
l’arôme des feuilles noires se diffuse, fragrances de cuir vieilli mêlées de
tabac. On dose dans la théière la cuillère réglementaire.
L’eau fredonne à
présent un air connu. On la verse aussitôt et la vapeur parfumée s’élève en
volutes caressantes, promesses certaines, dans le matin qui s’installe, de la
première tasse de thé
*Merci à Béatrice qui m'a si gentiment prêté ses théières. Son blog s'enrichit chaque jour de dessins magnifiques, c'est un régal pour les yeux!
