15 juin 2008
Voyageuse
A une voyageuse qui se reconnaîtra si ses pas la ramènent chez moi!



C’est une voyageuse. Enfant, je suppose que dans sa tête, déjà, elle voyageait, histoire d’échapper à sa réalité. Un jour elle a sauté le pas, elle est partie pour de bon. A mis un océan entre elle et le reste. Était-ce suffisant ?
Elle a choisi un grand pays. Pour avoir les coudées franches. Perdre ses repères pour mieux se trouver.
Elle, si fermée, repliée, retournée, elle a osé, a parié, a gagné.
Gagné sur l’enfance. Gagné sur l’errance.
Frêle silhouette d’adolescente juste grandie, elle est entrée dans notre vie par une porte de hasard. Son regard sauvage de brune silencieuse nous a conquis. L’éloignement de ses voyages nous a rapprochés. Nous avons tissé une toile de liens ténus qui résistent au temps. Pour mieux revenir, elle a ce besoin de partir pour un ailleurs qui n’appartient qu'à elle.
04 décembre 2007
Elle, mon amie
Elle a gardé la silhouette longue de son adolescence. La maternité n’a même pas marqué ses hanches. Se moquant des effets de mode, elle habille son éternel jean d’un tee-shirt basique ou d’un chemisier classique. Pas de maquillage sur son visage à la peau toujours mate, un peu brouillée par le tabac. Elle le sait, n’en a cure, continue de fumer. Elle retire parfois ses lunettes pour masser ses yeux fatigués. Son regard embrumé de myopie se fait alors plus doux. Vive dans ses gestes, franche dans ses propos, elle défend ses idées avec conviction, l’entêtement n’est pas loin. Nos soirées sont émaillées de joyeux dialogues agités. Voilà plus de vingt ans que nos chemins se sont croisés, de solides liens nous unissent, tissés au fil des joies et des peines partagées. Sa nature terrienne de taureau tempère ma légèreté de gémeau, et son sens pratique me rappelle à la réalité. Elle est mon ancre au port du quotidien, et sur la houle de nos vies ballottées, je sais mesurer l’importance de son amitié.
22 novembre 2007
Le voisin
Je vous rassure tout de suite, ce voisin là est entièrement fictif en ce qui me concerne.
Pourtant je suis sûre qu'il existe quelque part!
Près de vous?
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C’est mon voisin. Les voisins, c’est comme la famille, on ne choisit pas. Ils sont là quand on arrive ou bien ils arrivent quand on est déjà là. On n’a pas son mot à dire ; Pas de vote, pas de cooptation, pas de période d’essai. On se prend le voisin de plein fouet, un beau matin en partant bosser. Il sort la poubelle ou son chien et on le découvre d’un coup dans le paysage, dans notre paysage. Il s’intègre ou ne s’intègre pas, c’est pareil, il faudra faire avec.
Donc, ce voisin là, je l’ai découvert en arrivant ici, il y a quelques mois. C’est un voisin ordinaire comme il doit en exister des milliers un peu partout. Oui, ordinaire. Célibataire aussi, à plein temps. Bruyant ? Juste un peu. Disons qu’il n’a pas la même perception du bruit que les autres. Fermer une porte, une fenêtre, ce n’est pas bruyant en soi, sauf si on ne retient pas son geste , si on laisse claquer la porte ou la fenêtre. Voilà, c’est ça, il ne se retient pas . Il ne se retient pas de laisser claquer la porte, il ne se retient pas de chanter en sortant la poubelle. Il ne se retient pas de me saluer bruyamment et de loin. Il ne se retient pas non plus de partir promener son chien, mal fagoté, le bord de la chemise qui pendouille sur les fesses, de vieilles sandales battant aux pieds. Et ces mégots qu’il jette devant l’entrée de la résidence, marquant son territoire, comme une bête sauvage… C’est mon voisin…
13 novembre 2007
l'hôtelière
« Ce n’est pas la peine de sonner trois fois, on entend très bien ! »
Voilà une phrase d’accueil qui ne figure sûrement pas dans le manuel du parfait hôtelier.
Mais l’agression verbale ne semble pas effrayer cette grande femme qui fonce sur nous d’un air revêche. Un jean moulant et un tee-shirt passé soulignent la silhouette de la dame qui ne perd pas son temps devant la glace le matin. Elle est pourtant jeune, la trentaine, mais déjà les rides de la mauvaise humeur signent ce visage fermé, barré d’un trait sévère en guise de bouche. Le cheveu filasse et la peau luisante s’accordent à confirmer cette impression générale de morosité. Pas de bavardage futile chez cette digne héritière d’une hôtellerie moyenâgeuse. Juste quelques phrases courtes, indispensables à la gestion de son affaire, et ce mot, récurrent dans son vocabulaire, « supplément »! Mot qu’elle assène avec vigueur, du petit déjeuner au dîner.
Pourtant, lors de notre premier repas, nous aurons la surprise d’apercevoir l’éclat d’un sourire sur ces lèvres pâles et froides . Malheureusement la magie de l’instant ne durera pas, la belle reprendra vite le masque de la bête ! Et de tout notre séjour, plus jamais nous ne reverrons la lumière de ce supplément d’âme sur les traits de notre hôtelière.
