12 août 2009
Souvenirs...
...d'un parfum
On marche dans la rue ou bien on patiente sagement dans la file d’attente. C’est égal, on a la tête dans le vague du quotidien.
Quand soudain le parfum vient cogner à la porte du souvenir. Il fait sauter les verrous. L’espace d’une respiration, on bascule dans une réalité oubliée. Une voix, un regard, une peau.
Tout est là, déballé au bord du cœur. On ferme à demi les yeux, on alentit le geste, on s’absente.
Mais déjà le parfum s’éloigne. On cherchera, nez au vent, un reste du passé.
C’est fini, tout est rangé. Le cœur tremble juste encore un peu.
fabienne novembre 2008
09 août 2009
Souvenirs...
...de mon voisin
C’est mon voisin. Les voisins, c’est comme la famille, on ne choisit pas. Ils sont là quand on arrive ou bien ils arrivent quand on est déjà là. On n’a pas son mot à dire ; Pas de vote, pas de cooptation, pas de période d’essai. On se prend le voisin de plein fouet, un beau matin en partant bosser. Il sort la poubelle ou son chien et on le découvre d’un coup dans le paysage, dans notre paysage. Il s’intègre ou ne s’intègre pas, c’est pareil, il faudra faire avec.
Donc, ce voisin là, je l’ai découvert en arrivant ici, il y a quelques mois. C’est un voisin ordinaire comme il doit en exister des milliers un peu partout. Oui, ordinaire. Célibataire aussi, à plein temps. Bruyant ? Juste un peu. Disons qu’il n’a pas la même perception du bruit que les autres. Fermer une porte, une fenêtre, ce n’est pas bruyant en soi, sauf si on ne retient pas son geste , si on laisse claquer la porte ou la fenêtre. Voilà, c’est ça, il ne se retient pas . Il ne se retient pas de laisser claquer la porte, il ne se retient pas de chanter en sortant la poubelle. Il ne se retient pas de me saluer bruyamment et de loin. Il ne se retient pas non plus de partir promener son chien, mal fagoté, le bord de la chemise qui pendouille sur les fesses, de vieilles sandales battant aux pieds. Et ces mégots qu’il jette devant l’entrée de la résidence, marquant son territoire, comme une bête sauvage… C’est mon voisin…
Fabienne
06 août 2009
Souvenirs...
d'infinitif
Raccrocher le téléphone. Marquer la page, poser le livre.
Se lever.Fatiguée.
Se lever. Marcher jusqu'à la cuisine. Préparer le repas.
Rincer, couper les légumes. Ne pas penser.
Déballer, couper la viande. Ne pas penser.
Chauffer, tourner, saler, poivrer. Sans réfléchir.
Guetter l'heure du retour. Comment leur dire ?
Ne pas leur dire. Impossible.
S'asseoir. Pleurer. Pleurer encore.
La porte ? Non, trop tôt, dans vingt minutes, seulement.
Se souvenir. Son rire, sa voix ; ses mains, ce matin encore. Des larmes.
Oublier le téléphone, oublier les mots de feu, oublier la lame dans son cœur.
Tenir son ventre, ne pas vomir.
Qui appeler ? Sa mère, son frère ? Trop loin, trop dur de parler.
Se relever, finir le dîner.
Se secouer. Bouger, ranger, nettoyer.
Ne plus penser. Tenir, tenir.
Mettre le couvert, compter les assiettes. Non !
Pleurer, encore, encore.
Ne plus contrôler les rafales de chagrin, sentir son cœur se déchirer,
craquer de toutes parts en longs gémissements.
Serrer les mains, taper des poings. Crier, pleurer. Pleurer. Pleurer.
Regarder l'heure. Penser à eux. Bientôt leur retour.
Comment leur dire ? Tout dire en bloc ? Trop difficile.
Donner les détails de l'accident ? Imaginer, voir la douleur, souffrir.
S'asseoir, les jambes coupées. Respirer, respirer.
Guetter les pas dans l'escalier. Se concentrer, ne plus penser, attendre.
Ne plus l'attendre. Des larmes dans les yeux, encore.
Non, guetter les pas, bien écouter. Ne plus pleurer.
Finir le dîner. Laver, essuyer, ranger.
Du bruit dans l'escalier. Se figer. Se vider. S'affoler.
Poser les yeux sur la porte. La regarder s'ouvrir sur leurs sourires.
Sentir les larmes revenir. Sentir son cœur défaillir. Se retenir. A qui, à quoi ?
Parler pour ne pas les affoler. Pleurer. Parler. Les écouter. Les consoler.
Non, juste les caresser, les embrasser. Mêler leurs larmes dans les baisers.
Les entourer, les envelopper, les protéger.
Ne plus bouger, enlacés, enchaînés.
Ne pas les lâcher, ne pas pleurer, les aimer encore et encore.
Sans arrêt ,sans réserve, les protéger, monter un mur, une forteresse
pour éloigner à tout jamais les mortelles pensées.
Fabienne
03 août 2009
Souvenirs...
...de mon pays d'écriture
Mon pays s'arrime aux rives de l'inconscient
Il est territoire et monde à la fois
Une langue de terre tournée vers l’intérieur
Il existe, à moi de le savoir
Je le visite quand je suis seule, le soir
Du connu vers l’inconnu je pose mes pas
Les mots me sont repères, lanternes, lumignons
De lettre à l’être je trace ma route
Je jalonne, façonne, mes mains sont outils
Mes yeux miradors, je veille sur l’oubli
Indolente, je caresse mes lignes d’envie
Impatiente, j’affole les signes de vie
Images émues qui jaillissent
Et remuent mes entrailles
Images ténues que je garde
Et rappelle au bord des cils
En pays d’écriture j’accomplis un voyage
Un si long, si lent, si beau voyage
Au pays de l’écrit, je m’enfuis, je crie, je vis
D’écrire je me rassemble, je me ressemble
Fabienne 11.08.08
27 juillet 2009
Souvenirs de...
... La crique aux mouettes
On y pensait depuis longtemps. Partir, larguer les amarres du quotidien. On l’a fait. En juin. Derrière nous les années de galères au boulot. Derrière nous les rendez-vous cachés, les coups de fil murmurés. Cap sur l’aventure, l’inconnu, l’improbable. De toutes façons, avec Muriel, j’irais au bout du monde.
Le premier mois, super ! Le bateau ne posait aucun problème, rallier Sète à Ibiza non plus. On s’est posés au nord de l’île, côté sauvage. Muriel travaillait des figurines et des bijoux avec inspiration. Du vert, beaucoup de vert. Est-ce que j’aurais dû y voir un présage ? Le soir, après dîner, on marchait sur la plage Elle cueillait coquillages et bois flottés, j’échafaudais mille projets pour le retour. Finir ce projet de logiciel, créer enfin ma propre boite. Elle disait « Tu peux y arriver, c’est sûr, ça va marcher » De temps en temps elle partait au village le plus proche et vendait quelques unes de ses créations, contente de son succès. Je disais « Tu vois, je savais que ça marcherait, tu fais du beau, les gens ne s’y trompent pas »
Si j’avais su ! Avoir tout bazardé, boulot, maison, mariage. Parce que j’y croyais. Parce que faire un truc fort comme ça, dans une vie, ça change tout. Dans la glace, le matin, le Bertrand qui me souriait, je le trouvais sympa, fonceur et serein. Le Bertrand, il a rien vu venir. Elle a juste dit « Je vais chercher le pain » A ce moment là, on étaient au sud de l’Espagne. Petit port de pêcheurs, presque pas de touristes. Si, un justement. Un amerloc, short, casquette et coups de soleil. Il a parlé new art, business, dollars. Muriel a dit « Ok » Elle a tout pris, les poupées, les colliers, les bouts de tissus. Il attendait dans la méhari de location. « Ecoute, c’est la chance de ma vie. Tu disais toujours fonce, Bébé, t’as du talent. Alors je fonce »
Et moi ? Mon rêve a pris du plomb dans l’aile. Il s’est vautré sur le pont du bateau, mon rêve. Rentrer ? Pour quoi faire ? Sonner à la porte de mon ex-femme « coucou, chérie ! Joker ! » Accepter les sourires de consolation de mes potes ? Si j’ai encore des potes !
Alors je glande ! Ici la vie n’est pas chère. Poisson pêché, canettes de bières…je glande ! Je promène les mémères de passage jusqu’à la crique aux mouettes « Si, seniora, baňo desnudo, possible » Elles gloussent de plaisir à l’idée de faire trempette en nu intégral sous l’œil du vieux mari émoustillé. Au retour, je suis parfois obligé d’en séparer certains. Ils me font le coup de la nouvelle lune de miel ! Ah ! Non, pas de ça chez moi ! Moi, j’ai les c… qui débordent depuis que Muriel s’est barrée, alors pour vos cochonneries, allez voir ailleurs si j’y suis !
Fabienne
(Consigne 72 de Paroles plurielles)

