chantier à lire

Ici le port du casque n'est pas obligatoire! Les visites sont autorisées de jour comme de nuit. Les textes publiés ici restent la propriété de l’auteur

25 janvier 2008

Un express, SVP

cigogne_et_bebe

Un jeune couple, un bébé, le premier sans doute.
Ils prennent le temps de boire un café.
Le petit chouine un peu dans les bras du père.
La jeune mère sourit, se penche, caresse la petite joue tendre,
tourne sa cuillère dans la tasse.

C’est important de garder des habitudes de couples

après la naissance d’un enfant.
Tous les magasines regorgent de conseils en la matière.

Le père tapotent les fesses de l’enfant pour le bercer,
la jeune femme babille pour l'amuser.

Ne pas se laisser dévorer par le nourrisson,
s’occuper de soi, se maquiller, s’habiller, se préserver. 

L’enfant pleure de plus en plus fort,
le père cherche à éviter les petits bras qui moulinent.

Les recommandations sur papier glacées n’ont plus cours,

bébé braille, vite, boire la dernière goutte de nectar

et hop ! On s’échappe. Parents d’abord !

Posté par fabeli à 15:01 - Tous au bistrot! - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


03 janvier 2008

Rendez-vous au bistrot

J’ai froid. Je ne quitte pas tout de suite ma veste. Elle n’est pas encore arrivée. J’ai pris la même table que d’habitude, celle du fond, dans la véranda. Face à moi le miroir me renvois l’image de la rue. On est samedi, il est presque huit heures, la circulation est fluide sur l’avenue. D’un signe de la main, j’ai indiqué au patron que j’attendais quelqu’un.

La porte du café s’ouvre souvent pour laisser entrer les matinaux du quartier qui vont prendre un petit café avant d’embaucher. Voilà les deux femmes du pressing, aussi blondes l’une que l’autre, manteaux longs et talons hauts qui résonnent sur les carreaux. Deux ouvriers, un couple de passage, une jolie fille trop maquillée…

Qu’est ce qu’elle fait ? On avait dit huit heures moins le quart. Dans la pharmacie, de l’autre côté de la rue, une lumière pâle et le geste cadencé de la femme de ménage qui lave le sol. Je regarde encore une fois l’heure sur mon portable. Aura-t-elle déjeuné ? Voudra-t-elle seulement un café ?

Un grand gars en blouson fait les cent pas sur le trottoir. Je l’aperçois par intermitence, lorsqu’il revient devant la vitre. Il grille une cigarette à grandes bouffées, bloque sa respiration en levant la tête, puis expire fortement un peu de fumée.

Marco est encore en retard. Ça devient une habitude. Le patron va encore gueuler. Je me gèle à poireauter sur ce trottoir. Je ne veux pas entrer au café, si ça se trouve, Marco arrivera avant que j’aie bu mon jus.

La fille qui attend bien au chaud derrière la vitre n’a pas l’air heureux. Elle a peur qu’on lui pose un lapin ? Ce n’est pas mon genre de nana. Pas de maquillage, même pas de rouge à lèvres et elle porte un pull à col roulé. Alors ça, vraiment, c’est moche. Ça tient peut-être chaud mais ce n’est pas sexy du tout. Elle ne regarde pas dans la rue mais on sent bien qu’elle attend quelqu’un. D’ailleurs elle n’a pas encore commandé. Alors toi aussi tu regardes l’heure, comme ça on est deux à glander, ma poulette.

Qu’est ce qu’il fabrique, cet animal de Marco ? Mardi je récupère ma bagnole, plus besoin de compter sur les autres pour circuler.

Tiens, ma copine n’est plus toute seule, elle sourit à la fille qui s’est assise en face d’elle. Elle est plus jolie quand elle sourit.

Ah ! C’est pas trop tôt !

-Alors Ducon! , encore à la bourre…

Posté par fabeli à 21:45 - Tous au bistrot! - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 décembre 2007

fiction de comptoir (tous au bistrot n°3)

Andrée traverse la rue et entre au bar du marché. Un torchon sur l’épaule, le patron traverse la petite salle avec un plateau chargé de tasses fumantes. Le bruit du moulin à café oblige les clients à élever la voix pour se parler, les gestes imagent les mots. Andrée s’approche du comptoir et se hisse sur un tabouret que vient de laisser un poissonnier des halles. Vêtu d’une chemise portant le nom de la maison qui l’emploie, il abandonne dans son sillage une vague odeur de poisson, mêlée à celle du café fraîchement moulu. Le patron revient derrière son comptoir et coupe d’un geste sec la bruyante machine. Il lève les yeux vers Andrée et l’interroge du regard.

-         Un café, s’il vous plaît, avec 2 sucres.

L’esprit encore dans le vague, la jeune femme se laisse bercer par le brouhaha de la salle. Les commerçants des halles fréquentent ce café à toute heure de la journée, mais tôt le matin, comme aujourd’hui, le va et vient est incessant. Ils ont démarré leur journée avant le lever du jour pour la plupart et le café de sept heures leur apporte un réconfort certain. Chaque corps de métiers s’identifie à quelques accessoires marquants. Tablier à bavette passant sur une épaule pour les bouchers- charcutiers, bottes blanches plastifiées et pantalon retroussé pour les poissonniers, blouses blanches pour les crémiers… Andrée se souvient qu’elle accompagnait sa mère au marché le samedi matin. Elle aimait l’ambiance bruyante et colorée des boutiques alignées le long de ces allées qui figuraient pour la petite fille un labyrinthe un peu effrayant. C’est pourquoi elle s’appliquait à ne pas lâcher le manteau ou le panier de sa mère. Mais elle préférait se retrouver sur le carreau des halles, cet espace réservé aux paysans locaux qui vendent leur production. Maraîchers, fromagers, fleuristes, volaillers, composaient une mosaïque de sons, de couleurs et de parfums qui ravissait les sens en éveil d’Andrée. Les étalages étaient à sa portée d’enfant. Elle pouvait sentir le parfum des bouquets éclatants de fleurs inconnues. Elle pouvait effleurer les légumes luisants de rosée, aubergines charnues, pimpantes laitues, poivrons multicolores. Et pour caresser les oreilles des lapins vivants, tout tremblants, elle glissait avec précaution ses doigts entre les barreaux de la cage en bois usé sous l’œil vigilant de sa mère, toujours inquiète d’une morsure éventuelle. L’accent béarnais des femmes en blouse de campagne chatouillait ses oreilles de mots inconnus, « mesclagne* » de français et de patois. Mais la récompense suprême venait de la pause que s’accordait sa mère dans ce même café où Andrée repose sa tasse. Elle garde en mémoire la saveur du petit chocolat fumant que lui servait la patronne de l’époque, femme plantureuse et bruyante qui ne manquait jamais de pincer gentiment la joue d’Andrée au passage.

Posté par fabeli à 19:00 - Tous au bistrot! - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 décembre 2007

Tous au bistrot! n°2

Pause repas

Elle se faufile entre les tables pour gagner le coin de véranda qu’elle a repéré en arrivant. Un rayon de soleil effleure le bois sombre de la table. Le grincement d’un engin de levage lui agace un moment les oreilles puis s’estompe, sans doute la pause déjeuner va commencer sur le chantier de rénovation du centre ville. Voilà des mois qu’il faut partager l’espace de ce morceau de ville avec les palissades, les machines, et la gouaille des ouvriers. Et cette poussière qui s’infiltre partout…
Le serveur qui surgit interrompt sa réflexion. Il fixe en silence son calepin, le crayon suspendu dans les airs. Elle demande un jambon beurre et un thé, ajoute « s’il vous plait » mais déjà le garçon file vers le comptoir. C’est un nouveau, elle ne connaît pas son visage, elle préfère celui qui est là d’habitude et lui adresse de petits clins d’oeils.
Une fois servie, elle grignote son sandwich du bout des dents, les yeux posés sur le livre qu’elle a tiré de son sac. Elle cale les pages avec le cendrier pour garder ses mains libres et de temps à autre consulte la pendule fixée au dessus du percolateur. Un couple qui se lève bouscule sa table sans un mot d’excuses. Elle fronce les sourcils puis hausse les épaules et reprend sa lecture. Les mains en coupe autour de sa tasse, elle boit son thé à petites gorgées.
L’heure de partir approche, elle marque soigneusement sa page, recoiffe ses cheveux courts avec ses doigts. Elle quitte sa place en murmurant « bon après midi » à son voisin  mais oublie de saluer le serveur.

Posté par fabeli à 22:12 - Tous au bistrot! - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1